CHAPITRE XLIV, $Q
mais nous ne voyions toujours ni le corsaire ni aucun autre bâtiment. Nous funes une nouvelle halte, et nous tînmes conseil. Swinburne déclara que si le corsaire était mouillé à l'endroit qu'on supposait, nous Tavions passé depuis long-temps ; mais, tandis que nous discutions , OFarrell s'écria : — Je le vois ! et ce n'était pas une erreur ; il se balançait sur ses ancres à moins d'une longueur de câble. Sans attendre aucun ordre , 0 Farrell invita ses gens à ^ursuivre leur marche , et ist; dirigea vers le corsaire. Avant qu'il fût à moitié chemin , brilla une espèce d éclaii", et douze ou quinze coups de mousquet retentirent. Nous n'avions plus autre chose à faire qu'à Ife suivre, et en quelques secondes toutes nos chaloupes furent bord à bord avec le vjiisseau ; hiais il était en mesure et sur ses gardes. Des filets d alwrdage avaient été hissés tout alentour; la gueule de chaque canon était abaissée autant que possible, et l'équipage paraissait fort nombreux. Bientôt commença une scène de confusion et de carnage, dont j'espère ne jamais revoir la pareille. Tous nos efforts pour monter à l'abordage échouèrent. Voulions-nous pénétrer par un sabord ? une douzaine de picpies nous repoussaient. Cherchions-nous à franchir les filets d'abordage ? on nous renversait, ïiaorts ou blessés, dans nos chaloupes. De tous les sabords et de toutes les parties du pont, se succédaient d'eifroyables décharges de mousquetcrie. Les gens de l'équipage avançaient les bras et nous ti-
raient dansla figure des coups de pistolet; enfin, leurs caronades , qui de temps en temps faisaient feu, nous étourdissaient de leur vacarme , et berçaient pour ainsi dire nos chaloupes parmi les flots agités, si elles n'avaient pas de plus terribles effets.
Pendant dix minutes nos efforts ne se ralentirent pas ; mais, alors, comme la moitié de nos marins gisaient tués ou blessés au fond des chaloupes, leurs camarades, accablés de fatigue et désespérés de l'insuccès de leurs nombreuses tentatives , s'assirent presque tous sur les bancs des rameurs, et se bornèrent à charger leurs mousquets pour les tirer par les sabords. Comme Osbaldistone était au nombre des blessés, et que je ne le voyais plus debout dans le launch, dont l'équipage se trouvait réduit à six hommes, j'appelai Swinburne, qui était bord à bord avec moi, et je le chargeai de dire aux autres chaioupes qu'il fallait en toute hâte sortir de la baie. L'avis fut bientôt communiqué parmi les survivants, qui auraientcontinué cette lutte inégale, et péri jusqu'au dernier, si je n'eusse donné l'ordre de la retraite. Le launch et le second cutter , où O'Farrell gisait aussi, partirent d'abord; et dés qu'ils furent assez loin du corsaire pour reprendre les rames sans péril, je m'empressai de les suivre; mais ce fut parmi les clameurs et les risées des Français qui montèrent sur leur plat bord, et qui, tout en nous saluant de cris et d'insultes , nous assaillirent d'une grêle de balles.