CHAPITRE XLIV
— Halte, monsieur, halte ! me cria Swinburne, et nous allons avoir le plaisir d'une petite vengeance. A ces mots, il s'élança dans le launch, et fit tourner l'avant vers le corsaire, et en pointa la caronade, que les Français ne nous soupçonnaient pas d'avoir à bord; car nous ne l'avions pas tirée, vers le pont où ils offraient la masse la plus épaisse.
— Attendez un moment, Swinburne, dit un marin; il faut doubler la charge! Nous la doublâmes, nous mimes le feu, et l'effet du coup fut terrible sur nos ennemis. La plupart tombèrent à la renverse sur le }X)nt, et je crois, aux cris et aux gémissements qui suivirent, que si nous avions eu quelques hommes de plus, nous aurions fait volte-face et capturé le corsaire ; mais il était trop tard. Toutes les batteries avaient ouvert leur feu, et, quoiqu'elles ne pussent voir nos chaloupes, tiraient dans la direction où elles nous supposaient; car les acclamations de joie qui s'étaient élevées du vaisseau leur avaient appris (jue nous battions en retraite. Le launch (I) n'avait que six hommes capables de tenir la rame ; le second cutter n'en avait que quatre; à mon bord je n'en avais que cinq, et Swinburne n'en avait que deux avec lui dans le petit canot.
C'est une triste affaire , monsieur, me dit Swinburne; maintenant, quel parti prendre? Je suis d'avis que nous ferions bien de mettre tous les blessés dans le launch , de diviser les hommes valides qui nous
(1) Chaloupe.
2Df PlERPt SIMPLE.
restent entre les deux cutters et le petit canot , et de remmenei' en toue. De plus, M. Simple, au lieu de longer de ce côté-ci de la baie , comme les gens qui desservent les batteries doivent le supposer, longeons de près la terre , du côté même des batteries , et les' boulets passeront par-dessus nos têtes.
Le conseil était trop bon pour ne pas être èuivi* H était alors deux heures du matin ; nous avions une longue route devant nous , et ainsi pas une mi»nute à perdre; nous transportâmes donc au plus vite les morts et les blessés des deux cutters et du petit canot , dans le launch. Je n'eus pas beaucoup te temps de les examinei" ; miis je m'aperçusi qu'O'Farrell ne i^espirait plus , et qu'un tout jeune aspirant , qui devait s'être glissé par contrebande dans les chaloupés, partageait son sort. Je chercha'^ cependant Osbaldistone, et le trouvai dans les écoutes d'arrière du launch. Il avait reçu dans la poitrine uiie profonde blessure qui semblait le résultat d'un coup de pique. Il avait sa connaissance et me demanda un peu d'eau ; j'en tirai d'un petit baril qui était dans le launch, et je lui en donnai. Lorsque les autres blessés entendirent parler d'eau , et que le bruit de celle qui tombait du baril parvint à leurè oreilles, presque tous, d'une voix faible, m'adressèrent la même demande. Ne pouvant m'occuper d'eux moi-même , je laissai deux hommes sur lé launch , Tun pour tenir le gouvernail et l'autre jx)ur leur distribuer de l'eau ; le prenant alors à la toue ,