‹ Pierre Simple (volume 2)Chapitre 111 sur 250 · CHAPITRE XLIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLIV

et suivant le conseil de Swinburne qui était alorS; assis pt4s de moi , nous ramâmes en droite ligné vers leS batteries.

Dès que nous ne fûmes plus qu'à une faible distance de la terre , nous virâmes pour sortir de la baie. Les pensées qui alors nous préoccupaient tous, et lïioi peut-être plus que personne, n'étaient nultétiient dignes d'envie. — Ce sera un rude coup pour i^iôtre capitaine, M. Simple, me dit Swinburne, à voix basse. J'ai toujours entendu dire qu'un jeune Capitaine qui perdait ses hommes sans rapporter de dollars , n'était pas fort bien reçu à son retour.

— J'en suis plus contrarié pour O'Brien que je ne Saurais vous l'exprimer, Swinburne, répliquai-je;

mais qu'aperçois-je à l'avant ? un vaisseau sous

voiles !

3 Swinburne monta sur la poupe du cutter et regarda quelques secondes. — Un grand navire qui vogue sous perroquets volants; ce doit être un Français. Voici notre revanche, monsieur; tant que nous né reviendrons pas les mains vides, il n'y aura auéun mal. Aux rameé , tout le monde , aux rames ! Abandonnerons-nous le launch , monsieur ?

— Oui, répondis-je. Maintenant, camarades, veuillons seulement que ce vaisseau soit à nous , et il le sera. C'est un vaisseau marchand, rien de plus clair.— 'Je parlais ainsi à tout hasard. — Swinburne, je crois qii<» mieux vaut le |)lacer entire la terre et

nous; les gens de l'équipage regarderont tous de l'autre côté; car ils doivent avoir entendu le feu des batteries.

— Bien pensé , monsieur, répliqua Swinburne.

Nous cessâmes de ramer et nous attendîmes que le vaisseau passât devant nous. Comme il ne filait que deux nœuds à l'heure , nous eûmes quelque temps à attendre, mais enfin il arriva. Laissant alors le launch en arrière , nous courûmes vers lui avec nos trois chaloupes et nous montâmes à l'abordage. Comme nous l'avions prévu, les gens de l'équipage étaient sur le pont, et tous de l'autre côté du navire, regardant avec une telle anxiété les batteries qui tiraient encore au hasard de temps en temps, qu'ils ne nous aperçurent que quand nous leur marchâmes sur les talons et qu'ils n'avaient plus le temps de saisir leurs armes. A bord se trouvaient plusieurs dames; queltjues hommes les protégèrent, d'autres descendirent en toute hâte. Deux minutes nous suffirent pour prendre possession du vaisseau et le faire virer de bord. A notre extrême étoimement , nous y trouvâmes quatorze canons. Nous laissâmes une écoutille ouverte pour qu'on emportât dans la cabine les dames, dont quelques-unes s'étaient évanouies ; les hommes furent garottes à fond de cale par Swinburne. Dès que nous restâmes seuls sur le pont, nous envoyâmes un de nos cutters chercher le launch, et quand il fut attaché bord à bord avec le navire, nous eûmes enfin le temps de respirer. La brise venant

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