CHAPITRE XLYL
O'Brien dit nux gens de son équipage que sur Peau salée un Anglais vaut trois Français.' — Ils le prouvent. — Nous retrouvons une vieille connaissance, mais qui ne peut être regardée comme un ami.
Notre suivante croisière fut sur la côte de Guiane et dans le golfe de Mexique. Pendant trois mois, nous ne fîmes qu'aller et venir dans ces parages, sans y rencontrer autre chose que des bâtiments qui, des Indes Occidentales, se rendaient à Demerary, à Berbice et à Surinam , et quelques corsaires que nous chassâmes , mais qui , avec les vents légers, marchaient trop vite pour nous. Cependant , nous fumes une utile protection pour le commerce; ef quand O'Brien quitta 'la station , il reçut des négociants anglais une lettre de remercîment, accompagnée d'une belle pièce d'argenterie. — Il y avait deux jours que nous faisions voile vers la Barbade, et nous étions en vue de l'ile de la Trinité , lorsque nous aperçûmes six voiles sous le vent. Nous eûmes bientôt distingué troi«? gros bâtiments et trois schooners, et dés lors nous conjecturâmes, ce qui plus tard se trouva être exact, que c'étaient trois corsaires, avec trois navires des Indes Occidentales qu'ils avaient capturés. Nous déployâmes toutes nos voiles, et d'abord les trois corsaires en firent autant ; mais ensuite, reconnaissant notre force, et ne se souciant pas d'abandonner leurs prises, ils résolurent de combattre. Tandis que les Indiens pressaient le vent sur l'autre écouet , les corsaires raccourcirent leur toile pour
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nous attendre. Nous gouvernâmes en droite ligne vers eux ; puis, quand tous les préparatifs furent faits, et que nous ne fûmes plus qu'à un mille de l'ennemi, qui venait d'arborer le drapeau tricolore , O'Brien ordonna que tous les gens de l'équipage se rendissent sur le gaillard d'arrière, et leur adressa ainsi la parole : — Eh bien ! mes enfants, vous voyez d'une part trois corsaires , de l'autre trois Indiens qu'ils ont capturés. Quant aux trois corsaires, vous êtes à jeu égal , car un Anglais peut toujours battre trois Français (1). Il nous faut rosser les corsaires pour l'honneur et la gloire, et reprendre les trois navires pour le profit, car vous aurez besoin de quelque argent lorsque vous retournerez à terre. Nous avons donc à bâcler une petite demi-douzaine d'affaires , et alors nous penserons à diner.
Cette harangue convenait à merveille aux gens de l'équipage , et ils retournèrent à leurs canons. — Maintenant, Pierre, me dit O'Brien , rappelez des pièces les matelots que le soin d'orienter les voiles regarde; car j'ai l'intention de combattre ces gaillards-là sous voiles, et, s'il est possible, de les vaincre au moyen de manœuvres. Dites à M. Webster que j'ai besoin de lui parler.
M. Webster, notre second lieutenant, était un jeune homme plein de résolution et de sang-froid , et de plus un bon oflicier.
(1) One Englishmnn can always beat three Frenchmen. Voilà bien la jactance britannique du temps.