‹ Pierre Simple (volume 2)Chapitre 116 sur 250 · CHAPITRE XLVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLVI

— Monsieur, lui dit 0 Brien, souvenez-vous que les canons du premier rang doivent être pointés fort bas. Je préfère que le boulet touche Teau avant d'atteindre les flancs des navires ennemis, plutôt que de passer par-dessus leurs ponts, \eillez à ce que vos vis soient haussées sur-le-champ , et j'aurai soin qu'aucune bordée ne soit perdue. Tribord la barre , Swinburne !

Tribord elle est, monsieur.

— Maintenez ; nous allons ainsi arriver en droite ligne à l'arriére du navire sous le vent.

Nous n^étions plus qu'à deux câbles des trois corsaires qui restaient toujours en panne à un demi cable l'un de l'autre. C'étaient de fort grands schooners, pleins de monde, garnis de leurs filets d'abordage, et pourvus d'une bonne rangée de dents ; car, comme nous fûmes ensuite à même de le savoir, l'un portait seize canons, et chacun des deux autres, quatorze.

— A présent, mes enfants, l'œil aux canons sous le vent, ne les dérangez pas d'une ligne, et, dés que nous aurons coupé, feu ! Du monde aux bras d'avant sous le vent et aux écoutes de foc ; qu'on borde les bras au vent ! Quarlier-maitre, à l'arriére j tendez les écoutes des vergues ! Bâbord la barre, Swinburne, tout !

— Bâbord elle est, monsieur, répliqua Swinburne. Le brick hala alors sur le vent, passa avec rapi-^ dite sous les poupes des deux schooners qui se trou-

vaient le plus au vent, et leur lâcha sa bordée sans que les pièces eussent été dérangées d'une ligne.

— Çà , rechargez , mes enfants , et restez aux mêmes canons. Ilalez les bras d'avant au vent. Pierre , je n'ai pas besoin de virer. Restez près de moi pour tourner les écoutes des vergues, quand le brick se déventera. Swinburne, droit la barre.

Sur ces entrefaites, nous lâchâmes une autre bordée dans l'un des deux schooners, avant qu'ils eussent encore répondu à notre feu , et , comme ils avaient commis la faute de rester en panne au vent, ils ne pouvaient y répondre. Le brick caia alors, et O'Brien exécuta une très habile manœuvre. Il fit appuyer sur la barre à tribord et à bâbord alternativement , marcha ainsi en arrière de façon à passer entre les deux schooners qui étaient sous le vent et le troisième qui était au vent, et brassa contre.

— Du monde à bâbord et à tribord, mes enfants, et lâchez-leur vos bordées quand nous passerons !

Une partie des marins qui servaient les pièces de tribord , allèrent charger celles de bâbord , et nous échangeâmes nos bordées, l'une avec celui des corsaires qui était au vent, l'autre avec un des deux qui étaient sous le vent ; pendant ce temps-là, le brick, allant toujours, ne s'était arrêté dans sa marche rétrograde que lorsqu'il avait eu dépassé leurs proues. Dès que nous eûmes rechargé, il se remit à marcher de l'avant, repassa entre les deux mêmes schooners,

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