‹ Pierre Simple (volume 2)Chapitre 117 sur 250 · CHAPITRE XLVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLVI

leur lâcha ses bordées , et courut par delà leurs poupes.

— A merveille, mes enfants, à merveille ! s'écria O'Brien ; voilà ce que j'appelle bien combattre. Et ce compliment était bien mérité ; en effet , O'Brien qui avait lâché deux bordées d'enfilade et quatre de flanc, n'en avait reçu que deux , par la raison que les schooners n'avaient pas été prêts à nous répondre la dernière fois que nous avions passé entr'eux.

La fumée se dissipa bientôt , et nous pûmes voir l'effet de nos bordées. Le schooner du milieu avait perdu sa grande vergue, et paraissait troué en beaucoup d'endroits de sa coque. Le schooner au vent ne semblait pas avoir autant souffert,* mais ils reconnurent alors leur erreur , et déployèrent leurs voiles. Ils avaient cru que nous aurions passé entre eux, et combattu bord à bord; au moyen de quoi,, le schooner qui était le plus au vent aurait pris position de manière à nous enfiler, tandis que les deux autres nous auraient pris de flanc à bâbord et à tribord. Nos propres pertes étaient légères; nous n'avions que deux hommes blessés légèrement, et un hauban coupé. Nous dépassâmes leur arrière d'environ un demi-mille; alors , avec nos deux bordées prêtes, nous visâmes soudain, et nous acquîmes la certitude que, comme nous l'avions présumé , nous pouvions les couper tous ; nous nous mimes en devoir de le faire ; O'Brien conduisit le brick à portée de la mitraille du schooner au vent, avec cet avan-

tage que les deux autres ne purent nous tirer un seul boulet sans risquer d'atteindre leur camarade. S'il augmentait sa toile, nous l'imitions ; s'il la diminuait, nous l'imitions encore ; enfin, nous conservions toujours à peu près la même position. Le schooner ne combattait pas mal ; mais ses pièces ne pouvaient se comparer avec nos caronades de trente-deux , qui sillonnaient ses flancs à peu de distance et qui de deux sabords n'en faisaient qu'un. Bientôt son mât de misaine tomba , et il lui fallut demeurer en arrière. Pendant ce temps-là les deux autres schooners avaient viré de bord, et se dirigeaient vers notre proue, afin de nous enfiler; mais l'accident arrivé à celui que nous avions déjà combattu, nous laissait plus libre de nos mouvements. Nous savions qu'il ne pourrait nous échapper; virant donc de bord, nous attaquâmes les deux autres et nous en approchâmes autant que possible. La brise soufïl.iit avec assez de force ; 0 Brien fit donner un coup de gouvernail, passa entre eux , et leur lâcha à chacun une bordée d'enfilade, chargée à mitraille et à biscayens , qui occasionna un horrible dégât dans leurs agrès. Cette décharge les mit mal dans leurs affaires; le plus petit schooner, qui avait été le plus sous le vent au commencement de l'action, déploya toutes ses voiles au vent. Nous hissions nos perroquets volants pour le suivre , quand nous remarquâmes que l'autre schooner, qui était toujours resté au milieu, et dont nous avions abattu la grande

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