CHAPITRE XLVIII
aider, monsieur ? ils ont tous autant de bonne volonté que de vigueur.
— Monsieur, dit-il en se découvrant, je vous remercie au nom de mes infortunés concitoyens.
— Montrez-nous donc de quel côté nous pouvons être utiles.
Il se détourna, et de la main me montra une maison située un peu plus haut dans la rue , dont une partie était écroulée : — H y a des êtres vivants sous ces décombres, ajouta-t-il.
— Venez, camarades ! m'écriai-je ; et tout fatigués qu'ils étaient, mes gens s'empressèrent de se mettre à la besogne. Je ne pus les aider quant à moi , tant je souffrais du côté ; mais je ne les quittai pas et je les dirigeai.
En une demi -heure nous eûmes déblayé la maison de manière à parvenir jusqu'à une jeune négresse dont nous avions distinctement entendu les cris. Nous dégageâmes la pauvre fille, mais lorsque nous l'eûmes déposée dans la rue , elle perdit connaissance. Sa main gauche était fracturée. Je lui prodiguai tous les secours qu'il m'était possible, et mes hommes, qui continuaient le déblaiement, arrachaient avec ardeur les poutres et les solives, lorsqu'un autre oiïicier passa à cheval. En les voyant, il fit halte, et me demanda qui nous étions. — Nous sommes Anglais , lui répondis-je , et nous appartenons à l'équipage d'un brick qui a naufragé. Pour le moment, nous lâchons de prêter à nos semblables^
l'assistance dont ils ont si grand besoin , et nous attendons ainsi qu'on ait le loisir de nous mettre en prison.
— Eh bien ! tout Anglais que vous êtes, je vous déclare de braves gens, répliqua-t-il. Et il continua son chemin.
Mes marins venaient de retrouver une seconde victime. — C'était un vieux nègre à cheveux blancs; mais si fracturé qu'il ne devait pouvoir vivre. Nous l'emportâmes, et nous retendîmes à côté de la jeune négresse , quand plusieurs autres officiers à cheval descendirent la rue. Dans celui d'entre eux qui marchait le premier et qui portait alors l'uniforme de général , je reconnus sur-le-champ mon ancien ami le colonel O'Brien. Ils s'arrêtèrent tous et se mirent à nous regarder. Je leur dis qui nous étions. Le général O'Brien ôta son chapeau, et remercia les marins.
Il ne me reconnut pas , et allait passer outre. — Général, luidis-je en anglais, vous ne vous rappelez plus de moi ; mais je me rappellerai toujours votre bonté.
— Dieu ! s'écria-t-il , est-ce vous, mon ami ? Et mettant pied à terre (1 ) , il me serra tendrement la main. — Il n'est pas étonnant que je ne vous aie pas reconnu , vous ressemblez si peu à ce petit Pierre Simple qui était habillé en fille et qui dansait sur des échasses. Mais j'ai à vous remercier, et Céleste aussi,
(1) He tpratig from his horse. C'était là une grande déférence. A. M.