CHAPITRE XLVIII
du senice que vous lui avez rendu dernièrement. Je ne vous demanderai pas d'abandonner un travail si charitable et si humain ; mais quand la tache que vous avez entreprise sera finie, venez à mon hôtel. Tout le monde vous indiquera où je demeure , et si vous ne me trouvez pas chez moi , car vous sentez que je ne puis me soustraire aux tristes occupations que ce jour m'impose, du moins y trouverez- vous Céleste. Adieu. Il remonta alors à cheval , et s'éloigna suivi de son état-major.
— Courage, camarades, m'écriai-je, et soyez sûrs que nous ne serons pas traités bien cruellement ; travaillons fermes, faisons tout le bien que nous pouvons faire , et les Français nous en tiendront compte.
Comme nous avions fini de déblayer cette maison, nous retournâmes à l'endroit où les aiitres fouilles se poursuivaient sous les ordres de rofticier à cheval. J'allai à lui , et l'instruisant que nous avions déjà sauvé deux personnes^ je lui demandai s'il voulait nous permettre d'aider ses gens. Il accepta ma proposition avec reconnaissance.
— Mes amis, s'écria Swinburne, oublions pour le moment toutes nos contusions , et montrons à ces Français comment on travaille.
Nos marins donnèrent en effet l'exemple ; ils jetèrent poutres et solives à droite et à gauche, avec une vitesse et une dextérité dont s'étonnèrent beaucoup l'officier et les autres habitants qui regardaient, et
en une demi-heure firent plus d'ouvrage qu'on ne l'aurait cru possible. Plusieurs vies furent sauvées» par eux. Aussi, les Français témoignèrent leur admiration de la conduite de nos marins, et leur ap portèrent à boire, ce dont ils avaient grand besoin, les pauvres diables ; après s'être rafraîchis, ils travaillèrent « à double marée, » comme disent les matelots, et retirèrent encore des ruines plusieurs personnes, qui auraient péri sans leur secours.
Les désastres occasionnés par cet ouragan furent d'autant plus terribles qu'il avait éclaté la nuit, lorsque la plupart des habitants étaient couchés et endormis. On m'assura que presque toutes les maisons de bois avaient été abattues pendant les cinq premières minutes. Vers midi , il ne nous restait plus d'ouvrage, et je ne regrettai pas que nous eussions fini. Mon côté me faisait beaucoup souffrir, et la chaleur brûlante du soleil m'avait causé un horrible mal de tête, ainsi que d'estomac.
Je demandai à un vieux Français, d'un extérieur très respectable , où était la demeure du général O'Brien : il me l'indiqua, et j'y allai avec mes gens; lorsque nous arrivâmes, je vis le soldat d'ordonnance emmener le cheval du général , car il venait de rentrer. Je priai un sergent , qui était de planton à la porte, d'informer le général que j'attendais ses ordres. Le sergent revint bientôt et m'invita à le suivre; je fus introduit dans un vaste salon où je trouvai le général en compagnie de plusieurs officiers. Il m'ac-