‹ Pierre Simple (volume 2)Chapitre 131 sur 250 · CHAPITRE XL Vil I · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL Vil I

câbla encore de marques d'amitié , et apprit aux personnes présentes que c'était moi qui avais rendu la liberté aux dames faites prisonnières à bord de la Yictorine.

— J'ai donc à vous remercier au nom de ma femme, dit un ofticier en venant à moi et en me tendant la main.

Un autre s'approcba , et me dit pareillement que je lui avais rendu la sienne. Nous entrâmes alors en conversation, et je racontai non seulement tous les détails de mon naufrage, mais encore le motif pour lequel j'avais quitté le brick cette nuit-là; j'ajoutai que j'avais revu mon navire le matin, qu'il était démâté, mais qu'il avait cependant pu doubler la pointe et ne courait plus aucun danger.

— Je dois , dit le général O'Brien , vous faire le compliment d'avouer que votre Serpent à sonnettes nous a donné bien du mal , et mon bomonyme a mieux appris aux batteries de l'ile à se tenir suileurs gardes, que mes recommandations ne l'eussent jamais pu fLiire. Je ne crois pas qu'il y ait à la Martinique un nègre âgé de cinq ans qui ne connaisse votre navire.

On parla ensuite de l'attaque tentée par nous contre certain corsaire qui nous avait si rudemcni repoussés. — Ab ! ab î dit l'aide-de-camp , vous la dansâtes bonne ! Mais vous n'êtes pas au bout : voici quatre mois qu'il est reparti , et le capitaine

Carnot qui le commande nous a juré de vous combattre s'il vous rencontre.

— Il a tenu parole , répliquai-je ; alors , je racontai notre engagement avec les trois navires français et la prise du corsaire en question , ce qui étonna , et , je crois , dépita beaucoup mes auditeurs

— Eb bien î mon ami , dit le général O'Brien , il vous faut rester cliez moi tant que durera votre séjour dans l'île. Si vous avez besoin de quelque chose, ne vous gênez pas pour m'en instruire.

— J'ai peur d'avoir besoin d'un chirurgien , répondis-je, car le côté me fait tellement mal, que je puis à peine respirer.

— Etes-vous blessé ? me demanda le général avec intérêt.

— Pas dangereusement, je pense ; mais j'éprouve une douleur assez vive.

— Permettez que j'examine votre blessure , me dit un officier qui s'avança. Je suis chirurgien de la garnison , et peut-être m'honorerez-vous de votie confiance. Otez votre habit, s'il vous plait.

Je n'y parvins qu'avec peine. — Vous avez deux côtes cassées , continua-t-il en me palpant , et une forte contusion. Il vous faut garder le lit , ou rester étendu sur un sofa, pendant quelques jours. Je viendrai dans un quart d heure vous panser, et je vous promets que sous une huitaine je vous aurai^ parfaitement guéri , en retour de la liberté que vous

Page 1