CHAPITRE XLIX
doux et si tendre en me regardant, que j'éprouvais l'envie de me jeter à ses genoux et de l'adorer.
— Allons, me dit le général O'Brien, allons, mon ami , maintenant que vous avez vu Céleste , il faut que le chirurgien vous voie.
— Le chirurgien ! s'écria Céleste avec effroi.
— Oui , chère petite ; mais le mal n'est pas bien grand, il ne s'agit que d'une couple de côtes cassées.
Je suivis le général qui se dirigeait vers la porte, et au moment de sortir, je me retournai pour regarder encore Céleste. Elle était allée s'asseoir sur le sofa et avait son mouchoir sur ses yeux. Le chirurgien m'attendait ; il me frictionna le côté avec une lotion calmante, me mit un bandage, et je me trouvai tout de suite soulagé.
— Il faut maintenant que je vous quitte , me dit le général ; vous ferez bien de vous coucher un(^ heure ou deux , et alors , si je ne suis pas revenu , vous savez ie ch^nuin qui mène près de Céleste.
Je m'étendis tout habillé siu" mon lit comme il m'en priait ; mais à peine le retentissement des pas d'un cheval m'eut-il annoncé qu'il était paiti, que je quittai ma chambre et courus au salon. Céleste y était, et s'empressa de me demander si ma blessure était grave. — Non, lui répondis-je , et c'est pour vous en donner la preuve que je reviens si tôt.
Nous nous assîmes alors l'un à côté de l'autre sur le sofa. — Céleste, confinuai-jc, j'ai le malheur de ne jamais paraître devant vous que dans un état peu
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prévenant. La première fois que vous m'avez vu , J étais blessé ; la suivante, j'étais déguisé en femme; la dernière, j'étais noir de poudre et de fumée; aujourd bui enfin , c'est encore une blessure , c'est presque en baillons, que vous me revoyez. Je désespère vraiment de jamais m'offrir à vos regards sous nui extérieur passable.
— Ce ne sont pas les babits , Pierre , qui font rbomme. Je suis trop beureuse de vous voir, pour m'occuper du plus ou moins d'élégance de votre toilette. Je ne vous ai pas remercié encore de votre lionté pour moi lors de notre dernière rencontre ; mon père ne l'oubliera jamais.
— Je ne vous ai p:is non plus remerciée. Céleste, ■de la bourse que vous fûtes assez bonne pour jeter ■dans mon cbapeau quand vous me retrouvâtes cbercbant à m'écbapper de France. Je m'étais toujours souvenu de vous , mais depuis notre dernière entrevue vous êtes à peine sortie de ma pensée. Vous ne savez pas combien j ai de reconnaissance à l'ouragan d'hier de m'avoir jeté ici, près de vous. Quand nous croisions sur le brick j'ai souvent dirigé ma lunette vers la ville, souvent tâché de me figurer que je voyais votre maison; et quand le brick se rapprochait de la côte , combien lidévî; que j'étais ainsi moins éloigné de vous me rendait heureux!
— Et moi, Pierre, combien j'ai souvent épié votre brick, souvent éprouvé un invisible bonheur à le voir se lapprocber du rivage ; mais combien alors je