CHAPITRE XLIX
craignais que les batteries ne tirassent sur vous ! Quel dommage que mon père et vous, ne combattiez pas pour la même cause ! Nous pourrions être si' beureux !...
— Nous pouvons toujours le devenir, Céleste.
Nous causâmes pendant deux heures, qui ne me parurent que dix minutes. Je sentais mon cœur inondé d'amour ; mais je doute que Céleste sût encore qu'elle aimait. Du reste, je laisse au lecteur le soin de décider, d'après le fragment de conversation qu'il vient de lire, si elle n'était pas éprise ou quelque chose qui en approchait bien.
Le matin suivant, je sortis de bonheur pour chercher à découvrir le brick, et j'eus l'extrême satisfaction de l'apercevoir à environ six milles de l'entrée de la baie , se dirigeant vers la terre. Il avait alors deux assez bons mâts de fortune , avec des voiles de perroquet en place de huniers , et semblait bien obéir au gouvernail. Quand il fut à trois milles de la baie , il mit en mer le petit canot, seule embarcation qui lui restait , et qui rama vers le rivage avec un pavillon de trêve arboré à sa proue. Je regagnai aussitôt ma chambre, j'écrivis une narration d(''taill(''e de (ous les événements de la veille, pour l'envoyer à 0 Bricn lorsque le petit canot retournerait à bord, et comme je n'avais d habits que ceux qui me couvraient le corps, je le priai même dem'expi'dier mes effets. Je finissais ma lettre lorsque le général entra.
— Mon ami, me dit-il, le capitaine O'Brien m'envoie un pavillon de trêve , pour que je lui fasse connaître le sort des équipages de ses chaloupes , et me demande la permission d'envoyer ensuite les vêtements et les effets de ceux qui ont survécu.
— Je viens , général , de rédiger à son intention un récit fort circonstancié de notre naufrage; quant à l'envoi pour lequel il sollicite votre autorisation, je l'en priais, comme vous l'allez voir. Et je lui présentai ma lettre; il la lut et me la rendit.
— C'est bien, dit-il ; seulement il faut que vous ayez, mon cher enfant , une bien pauvre idée des Français, pour croire que nous comptions vous retenir ici prisonniers. D'abord, la liberté qu'après la prise de la Victorine, vous avez généreusement rendue à tant de sujets de la France , vous donnerait droit à autant de générosité de notre part ; et , ensuite , vous n'êtes tombé en notre pouvoir , ce dont il serait déloyal à nous de profiter, que par une permission de la Providence, qui , après la dernière tempête, devrait détruire toute antipathie nationale, et inspirer à tous les hommes cette philanthropie universelle dont vos braves marins ont donné ia preuve. Vous êtes donc libre de partir avec tous vos cens , et nous croirons encore être vos débiteurs. Comment va votre côté aujourd'hui ?
— Oh ! mal, bien mal , répondis-je ; car , d'un côté, je ne me souciais pas de rejoindre si tôt le brick, et de l'autre, il m'avait fallu , la veille , quitter Ce-