CHAPITRE XLIX
leste presque à Tissue du diner, pour me mettre au lit. Je n'avais encore ni beaucoup causé avec elle , ni raconté au général O'Brien comment nous nous étions échappés de France. — Je ne crois pas, mousieur, qu'il me soit possible de retourner aujourd'hui à bord , mais j'éprouve la plus vive reconnaissance de votre bonté.
— Bien, bien, répliqua le général qui parut deviner mes motifs ; je ne crois pas non plus qu'il soit nécessaire que vous rejoigniez aujourd hui le brick. Je vais y renvoyer vos hommes avec votre lettre , et écrire moi-même au capitaine O'Brien , que vous gardez toujours le lit, et que vous ne serez qu 'aprèsdemain en état de vous bouger. Approuvez-vous ce plan?
J'aurais désiré faire un plus long séjour dans Tile, mais je vis que le général paraissait compter que j'accepterais sa proposition, et je l'acceptai.
— La chaloupe du brick peut repartir sur-lechamp et \ous rapporter ce dont vous avez besoin pour quarante-huit heures, continua le général. Quant à votre départ , j'informerai votre capitaine que s'il veut s'avancer après-demain jusqu'à l'entrée du havre, je vous enverrai à bord dans une de nos chaloupes.
Il prit alors ma lettre et me quitta. Dès qu'il fui sorti, je me trouvai assez bien pour me rendre auprès de Céleste, qui m'attendait, et je l'instruisis des arrangements que je venais de prendre avec sou
pèie. Il ne tarda guère à nous rejoindre, et nous passâmes tous trois le reste de cette matinée-là. Je leur contai toutes mes aventures, qui amusèrent beaucoup le général, et je ne leur cachai ni la conduite de mon oncle, ni le peu d'espérance qui me restait de pouvoir un jour découvrir la fraude à laquelle il semblait avoir recouru, ni les chances défavorables que m'offrait l'avenir, au cas où j'échouerais. En cet endroit de mon récit , le général parut pensif et préoccupé. Quand j'eus fini, il était presque temps de diner ; aussi, la chaloupe m'avait-elle rapporté du linge et des vêtements , plus une lettre d 0 Brien. Il me témoignait d'abord quelle douleur lui avait causé la supposition de ma perte , et quelle joie il ressentait de me savoir sain et sauf. Peu après m'avoir vu partir , me marquait-il ensuite, il était descendu dans la cabine, avait par hasard jeté les yeux sur le baromètre, et remarqué avec beaucoup de surprise que la colonne de mercure avait baissé de deux pouces ; phénomène dont il avait souvent ouï dire qu'un ouragan était toujours précédé. Cette remarque, jointe à l'étrange état de l'atmosphère l'avait porté à prendre ses précautions , et les gens de 1 équipage finissaient à peine d'exécuter ses ordres, quand avait éclaté l'ouragan. Le brick avait été renversé sur ses baux, et était ainsi resté sur le flanc tout une demi-heure ; après quoi , ils s'étaient vus contraints de couper ses mâts pour le replacer sur sa quille. Le matin suivant, ils n'avaient doublé