CHAPITRE XLIX
la pointe qu'à la distance d'un demi-câble, et O'Brien terminait en me disant que Tidée de ma mort l'avait pénétré d'une si vive douleur, que, si ce n'eût été la considération de l'équipage, il lui aurait presque été indifférent de périr ou non. Dans un paragraphe de sa lettre, qu'il consacrait au général O'Brien , il le remerciait de sa bonté inépuisable, et lui promettait que quand même cinquante navires passeraient en vue du brick , il n'en capturerait pas un avant que je ne fusse revenu à bord, dùt-il être cassé pour une telle négligence de son devoir. Il ajoutait que le brick marchait avec ses mâts de fortune presque aussi vite qu'auparavant, et que, dès mon retour, il regagnerail la Barbade. — Quant à vos côtes que vous diles si malades, Pierre, ce n'est qu'une histoire inventée à plaisir, continuait-il ; je n ignore pas que vous manœuvrez à terre pour mettre le plus tôt ])ossible la main sur une autre espèce de côte; mais il vous faut attendre un peu, mon garçon. \ ous n'êtes pas encore lord , comme je vous ai toujours promis que vous le seiiez. C'est une longue route que celle qui ne fait aucun coude. Ainsi donc, adieu.
Quand je fus seul avec Céleste , je lui montrai la lettre d O'Brien. J'en avais lu au général le passage où il s'engageait à ne s'emparer d aucun navire tant que je lesterais à terre , et le général avait r(''[)liqué qu'il croyait qu'en de telles circonstances, il ferait bien de me retenir un peu plus long-temps ; mais
O'Bi ieii est un homme rempli d'honneur, ajouta-til, et digne du nom qu'il porte.
Lorsque Céleste arriva à Tendroit où O'Brien parlait de mes mesures relativement à certaine côte d'une autre espèce , endroit que j'avais tout-à-fai( ouhlié en lui remettant la lettre , elle me pria de lui en donner Texplication; car quoiqu'elle lût et parlât fort bien l'anglais , elle n'avait pas encore un assez grand usage de cette langue pour comprendre le jeu de mots. Je traduisis la phrase à haute voix, et j'ajoutai aussitôt : — Vraiment, Céleste , je ne m'étais plus rappelé cette plaisanterie dO'Brien j sinon , je ne vous aurais pas montré sa lettre.., et cependant il n'a que dit vrai. Après toutes vos bontés pour moi, comment pourrais-je ne pas vous aimer? Et cet aveu qui m'échappe ne me dispense-t-il pas de vous dire que je recevrais du ciel la plus grande des faveurs, si je vous inspirais assez d'estime pour que vous consentissiez un jour à devenir ma femme ?.. . Mais ne m'en veuillez pas de vous dire la vérité , continuai-je , car je m'aperçus que Céleste avait rougi pendant que je lui parlais.
— Oh î non, je ne vous en veux pas, Pierre; loin de là ! Je me trouve honorée... très honorée de vos dernières paroles.
— Je sais, repris-je, qu'en ce moment j'ai peu de chose à vous offrir j ou plutôt, je n'ai rien. Je ne suis pas même pour vous un parti que votre père ne puisse désapprouver ; mais vous savez toute mon.