‹ Pierre Simple (volume 2)Chapitre 14 sur 250 · CHAPITRE XXXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXII

— A la bonne heure , s'écria le capitaine , à la bonne heure! c^est beaucoup plus probable.

— Eh bien! M. l'intendant, répliqua M. Phillott, je veux être damné si vous n'êtes pas aussi impudent menteur que votre... « que votre maître, » allait-il dire , mais heureusement il se retint , et ajouta : que votre père l'était avant vous.

Le capitaine changea de sujet en me demandant si je n'accepterais pas une tranche de jambon. — C'est du vrai jambon de Westphalie , M. Simple; il m'est envoyé directement par le conte Troningsken, im de mes amis intimes , qui tue ses propres porcs sauvages dans les montagnes de Hartz.

— Mais comment diable les jambons vous parviennent-ils, capitaine.^

— Il y a voies et moyens pour tout faire, M. Phillott, et le premier consul n'est pas absolument si noir qu'on le représente. La première fois que je reçus de ces jambons, ils furent accompagnés d'une très belle lettre de lui, lettre écrite de sa propre main, et que je vous montrerai quelqu'un de ces jours. Je ne manquai pas de lui répondre; je lui envovai même, par un contrebandier, deux fromages de Chester, et depuis lors ils me parviennent régulièrement. Avezvous jamais mangé du jambon de Westphalie , M. Simple.^

— Oui, monsioui*, n'-pondis-je ; j'en ai gonléune fois chez lord Pjivilége.

— Lord Privilège ! maisil y a im peu de parenlé

entre lui et moi ; nous sommes comme qui dirait cousins au cinquième degré! s'écria le capitaine Kearney.

— En vérité, monsieur? dis-je.

— Alors, permettezqueje vous présente un autre de vos parents, capitaine Kearney, dit M. Phillott; car M. Simple est son petit-fils.

— Est-il possible? Oh ! Je puis seulement dire , M. Simple, que je serai heureux de vous témoigner toute sorte d'attention, et que je me félicite de vous avoir au nombre de mes officiers.

Or, quoique le capitaine Kearney eût avancé là une fausseté abominable, car il n'était nullement allié à ma famille , néanmoins , comme il avait une fois prétendu la chose , il ne put se retracter, et la conséquence fut que je gagnai beaucoup à son mensonge , car il me traita par la suite avec une rare })ienvcillance, toujours m'appelant cousin.

Dès que le capitaine m'eut achevé son compliment, M. Phillott, qui riait sous cape, me regarda en clignant de l'œil comme pour me dire : — Vous avez du bonheur; après quoi la conversation changea. M. Kearney, certainement, maniait le merveilleux avec une facilité admirable, et surtout débitait ses histoires avec tant de sérieux, que réellement je m'imagine qu'il croyait dire la vérité! Il n'y eut jamais pareil exemple d habitude prise. Racontant à sa manière certain combat naval : — Le Capitaine français, nous dit-il, aurait péri de ma main, mais au mo-

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