CHAPITRE LI
Oui , voyons-le , car je pense que vous n'en doutez pas ; je viens ici pour sauver toutes vos âmes du fende l'enfer, et le feu de l'enfer est terriblement chaud, je vous le jure. Vous y brûlez , brûlez , brûlez comme du charbon , jusqu'à ce que vous deveniez comme du charbon , jusqu'à ce que vous deveniez poudre blanche ; alors vous brûlez, brûlez, brûlez , jusqu'à ce que vous redeveniez noirs ; et vous continuez ainsi à brûler, brûler, brûler, tantôt blancs et tantôt noirs, pendant les siècles des siècles. Jamais le diable ne vous donne du vin de palmier pour vous rafraichir la langue , non ! ni du lait de coco , non ! ni même une petite goutte d eau, non , non ! Le diable n'a aucune pitié des damnés. Qu'on lui demande à boire , il attise le feu de plus belle et pouffe de rire. Eh bien ! donc , avez- vous la charité ? non , vous ne l'avez pas. Vous , par exemple , mulâtre, osez-vous bien me regarder en face.^ Vous tenez boutique , vous vendez des œufs , vous vendez des gants , vous vendez du poivre rouge ; mais quand m'avez-vous donné quelque chose ? Hélas ! mon Dieu , jamais. Supposons que vous ne m'envoyiez rien , \(>us n'aurez pas la charité, et vous irez en enfer. Vous aussi , noir Sambo , continua-t-il, en montrant du doigt un homme qui se tenait dans lui coin ; vous avez une belle chaloupe, vous êtes au large tout le jour , vous prenez des tas de poissons volans , vous les rapportez au logis , vous les faites frire , et vous les vendez pour de l'argent;
mais m'envoyez-vous jamais un petit cadeau ? Non, jamais un seul de vos poissons ne prend le chemin de ma bouche. Que vous disais-je tout à Theure de Pierre et des Apôtres? qu'ils étaient tous pêcheurs, tous de braves gens , et qui donnaient, donnaient, donnaient aux pauvres. Sambo, vous n'avez pas de charité; Sambo, supposons que vous ne vous repentiez pas dès cette semaine et que vous ne m'envoyiez pas un beau poisson dans une feuille de plantain , vous irez en enfer , et vous y brûlerez, brûlerez, brûlerez toujours. Eh ! quoi, messirc Johnson , cria-t-il à un autre qui manœuvrait vers la porte , vous voudriez vous enfuir , vous ne vous enfuirez pas de l'enfer ; une bonne fois que le diable vous attrappe , il vous serre terriblement. Vous savez bien que tous les jours vous tuez des moutons et des chèvres , que tous les jours vous faites promener par la ville un homme avec une sonnette, pour qu'il carillonne et avertisse les acheteurs , mais quand m'avez-vous donné quelque chose ? jamais , jamais , qu'un méchant petit morceau de foie. Ce n'est pas assez , messire Johnson ; et supposons que vous ne m'envoyiez pas demain une tète de mouton , gare l'enfer ! je ne vous en dis pas davantage. J'aperçois encore beaucoup de coupables , mais ils baissent tous la tète , et c'est signe, je l'espère , qu'ils s'amenderont. Je leur fais grâce aujourd hui, et je ne les interpelle pas nominativement, parce que je sais que quantité de plantains et de bananes, — il montra un indi-