CHAPITRE^LII
kndemain, votre nouvelle place vous plaît-elle?
— Ma foi , M. Simple^ elle ne me déplaît pas. Il est assez agréable d'être oiïicier, et d'avoir une cabine à soi ; mais encore, je crois qu'elle me plairait davantage si j'étais à bord d'un autre vaisseau. J'ai si long-temps été compère et compagnon avec les gens de l'équipage, que je ne puis leur parler aussi baut qu'un officier le doit , et alors la besogne ne se fait pas aussi bien que je le voudrais. Puis, la nuit , je me trouve trop solitaire, je suis enfermé dans ma cabine comme un séminariste, et je n'ai personne avec qui échanger un mot , car les autres officiers à brevet font les dc'daigneux, ils disent que ma nomination est seulement provisoire et peut ne pas être confirmée , et ils se tiennent vis-à-vis de moi sur le pied d'une extrême réserve. Enfinje n'aime pas beaucoup à être responsable d'un si gros tas de poudre; c'est une poêle dont il est difficile de tenir la queue.
— Sans doute, Swinburne; mais , s'il n'y avait aucune responsabilité, à quoi les officiers serviraientils? Songez d'ailleurs que vous êtes maintenant pourvu pour la vie, et que , quand vous prendrez votre retraite, vous aurez demi-solde.
— C'est ce qui m'a fait mordre, M. Simple; j'ai pensé à la vieille , j'ai réfléchi que par ce moyen je lui donneiais une honnête aisance sur la fmde ses jours, et alors, voyez-vous, je me suis sacrifié.
— Y a-t-il long-temps que vous êtes en ménage, Swinburne?
— Depuis Noël 94. Je ne me suis pas laissé prendi'e à rhameçoii du premier coup ; j'ai joliment rôdé autour de l'appât avant de l'avaler. Ce n'est qu'après avoir essayé la frégate pendant quatre ans , et reconnu qu'elle était bien lestée , que je me suis embarqué à son bord.
— Que voulez-vous dire par un bon leste ?
— Je n'entends désigner ni une large proue ni une quille carrée. Vous savez fort bien que quand un navire manque de leste, il cliavire en une minute. Or, ce qui tient fermement une femme sous ses voiles, c'est la modestie.
— 'Vous avez bien raison , Swinburne ; mais , c'est là une marchandise bien rare à terre.
— Et pourquoi, M. Simple? parce que les liqueurs sont plus recherchées. Elles ont causé la perte de plus dun brave homme , et quant aux femmes , lorsqu'une fois elles se mettent à boire , elles ressemblent à des navires sans gouvernail , et elles s'en vont à pleines voiles au diable. Non que je pense qu'un homme ne doive pas prendre un verre ou deux de (( nord-ouest, » quand il en trouve l'occasion. Le Tout Puissant n'a pas donné le rum seulement pour faire danser les nègres, mais encoi^e pour nous réjouir à tous le cœur ; et je ne vois pas pourquoi les femmes ne pourraient en avoir leur part. Ce qui est bon pour Jacques ne peut être mauvais pour Jacquotte ,• seulement il y a , comme on dit, un juste-milieu en toute chose , et quand le