CHAPITRE XXXII
tout le côté du vent. La brise se mit à fraîchir, et l'odeur devint plus forte. Je commandai qu'on plaçât les vergues royales en travers, et qu'on disposât tout pour donner une vigoureuse chasse, car je présumais que le Turc ne devait pas être éloigné de nous. Effectivement , à peine fit-il grand jour, que nous le distinguâmes à trois milles devant nous qui marchait dans l'œil du vent. S'il se fut agi de louvoyer il nous aurait battu de vitesse ; mais, avec ♦ent arrière, il ne pouvait lutter avec nous ; avant midi nous fûmes maîtres du pacha et de tout son harem. Je pourrais, en passant , vous conter une bonne histoire sur les dames en question; mais, au fait. Ce fut une excellente prise, et parmi les différentes choses précieuses que nous trouvâmes à bord était mi baril d'essence de roses.
— Peste! s'écria le premier lieutenant, un plein baril?
— Oui, répliqua le capitaine, maisunbaril turc... pas tout-à-fait aussi grand peut-être que ceux ([ui soïit à notre bord, car le système des poids et mesures n'est pas le même en Turquie qu'en Angleterre. Je fis passer sur le brick que je commandais tout ce que la cargaison du bâtiment capturé m'offrait de plus précieux, environ vingt mille sequins, des tapis, et, il n'est pas besoin de le dire, ce baril d Csseiice de roses que nous avions flaiiu' à trois milles de distance. Nous l'anienâmes sain et sauf a bord, mais le servant de la cale, lorsqu'il fallu! l'y
descendre , ne Télingua point convenablement ; le baril tomba en un clin-d'œil sur la soute aux spiritueux, et se brisa on mille pièces. Il n'y eut jamais semblable scène; mon premier lieutenant et plusieurs hommes de l'équipage qui étaient sur le pont se trouvèrent mal; on remonta privés de connaissance ceux qui étaient dans la cale , et quelque temps s'écoula avant qu'ils ne revinssent à eux. Nous laissâmes entrer l'eau dans le brick et nous la changeâmes plusieurs fois, mais rien ne put ôter l'odeur, qui conserva tant de force, qu'avant d'arriver à Malte j'avais quarante hommes sur la liste des malades. Quand j'y arrivai, mon premier soin fut de congédier le servant de la cale dont la négligence avait causé l'accident; car ce ne fut qu'après avoir fumigé le brick, et, comme cette opération ne servait de rien, l'avoir tenu trois semaines sous l'eau , que l'odeiu' finit par devenir rigoureusement supportable. Mais, alors même, on ne put jamais achever de la détruire, et l'amiral renvoya le brick en Angleterre oii on le vendit comme impropre au service de l'Etat. Les particuliers qui l'achetèrent ne pouvant non plus s'en servir, on le dépeça, et les bois en furent achetés par les tourneurs de Brighton et de Tunbridge-Wells , qui en fabriquèrent des objets de fantaisie, dont la vente fut très lucrative à cause de leur forte odeiu' d'essence de roses. Avezvous jamais été à Brighton, ^I. Simple ? — Jamais, monsieur.