‹ Pierre Simple (volume 2)Chapitre 166 sur 250 · CHAPITRE LIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE LIV

Nous recevons l'ordre de mettre à la voile, et beaucoup d'autres espèces d'ordres. — Conversation sur le gaillard d'arrière. — Ceux qui écoutent aux portes n'entendent jamais du bien d'eux.

Dès mon arrivée à Portsmouth, je voulus en instruire le capitaine, et je me rendis à Thôtel où il logeait. On m'introduisit dans une pièce où j'eus à l'attendre, car il dinait le soir chez l'amiral et faisait sa toilette. Par le seul désir qu'on a toujours de passer le temps, plutôt que par curiosité, mes yeux se portèrent naturellement sur les objets dont la table était couverte , et je fus fort surpris de voir une pile de lettres dont la première portait l'afFranchissement de lord Privilège. Ce pouvait, toutefois, n'être qu'un hasard ; mais, curieux de m'en assurer autant que possible, je levai la tète, et je m'aperçus que la seconde , la troisième , une dizaine enfin , avaient été affranchies par mon oncle. Je ne pouvais m'imaginer comment il existait aucune liaison entre mon oncle et lui, et je cherchais encore à me l'expliquer, lorsque le capitaine Hawkins , car il s'ap- ])elait ainsi , entra dans la chambre. 11 fut aussi aimable que poli , et m'assura que s'il n'avait obtempéré à ma demande au sujet d'une prolongation . de congé, c'était uniquement parce qu'il en avait référé à l'amiral, lequel n'avait pas voulu sanctionner une plus longue absence du premier lieutenant , et

lui avait enjoint de me rappeler sans délai. J'acceptai cette excuse ; il me serra la main , et nous nous quittâmes. Quand j'arrivai à bord de la coque , car le brick était toujours sur le cliantier, je fus chaudement accueilli par mes camarades. Ils me dirent que le capitaine s'était en général montré bon enfant, mais que l'empreinte de son pied fourchu paraissait de temps à autre.

— Webster, demandai-je au second lieutenant, ne savez-vous rien sur sa famille, rien sur ses noms?

— C'est une question que j'ai faite à tous ceux qui ont navigué avec lui, et tous disent que jamais il ne parle de ses parents , mais que sans cesse il se vante de ses intimes relations avec la noblesse. Quelques-uns prétendent qu'il est bâtard d'un grand seigneur.

Cette réponse de Webster me donna beaucoup à réfléchir, et, jointe aux nombreux affranchissements de lord Privilège, que j'avais vus sur la table, excita d'abord quelques craintes dans mon esprit ; mais ensuite, je sentis que j'étais capable de bien remplir mon devoir, et que jeii'avais personne à craindre. Je formai la résolution intérieure de mener la conduite la plus irréprochable, de ne donner par conséquent aucune prise sur moi , et je n'y pensai plus. Le radoub du brick s'acheva , il sortit du chantier, et pendant quelques jours, je m'occupai très activement à le mettre en état de tenir la mer. Je ne qiiittai pas une seule fois le bord; et d'ailleurs, rien

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