‹ Pierre Simple (volume 2)Chapitre 168 sur 250 · CHAPITRE LIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE LIV

Le capitaine , au premier livre d'ordre, en ajouta un second pour la nuit. Il Tenvoyait chaque soir, et voulait qu'on lui rapi)ortât chaque matin , avec la signature de tous les officiers qui avaient été de quart dans l'intervalle. Il exigea aussi que nous signassions tous son livre d'ordres général , afin que nous ne pussions pas dire ne l'avoir pas lu. Je fis le premier quart, et Swinburne vint me trouver.

— Eh bien ! M. Simple, je ne crois pas que nous ayons beaucoup gagné à notre échange de capitaines, et je suis chatouillé du soupçon qu'avant qu'il soit long-temps nous aurons des bourrasques.

— Il ne faut pas juger avec trop de précipitation, Swinburne.

— Non , non , je ne dis pas le contraire ; mais encore, il faut dans le monde s'en rapporter un peu à la mine, et la sienne , à coup sûr, ne parle guère en sa' faveur. Il est absolument comme un jour d hiver, — aussi court que laid, et il marche sur le pont comme si les planches n'en étaient pas assez bonnes pour lui. M. William dit qu'il a l'air de se ci'oire chargé du destin de Piome et de Caton ; que veut-il dire par là .^ je l'ignore. C'est quelque plaisanterie, je m'imagine, car les jeunes gens plaisantent toujours. Avez-vous jamais navigué sur la Baltique, M. Simple ? A présent que j'y pense, je me rappelle que non. C'est là que j ai vu les chaloupes canonnières avoir de la besogne ; et nous ne resterions pas les bras croisés avec le capitaine O'Brien ;

mais avec ce bout d'homme qui nous commande aujourd'hui , j'ai idée qu'il y aura plus de paroles que d'actions.

— Vous paraissez , Swinburne, avoir une grande aversion pour le capitaine, et je ne sais si, comme premier lieutenant , je devrais vous écouter.

— C'est parce que vous êtes premier lieutenant que je vous tiens ce langage, M. Simple. Je ne me suis jamais trompé , en définitive, sur le caractère d'un officier, lorsque j'ai pu le regarder en face et l'entendre causer pendant une demi-heure; et je suis monté ici tout exprès pour vous mettre sur vos gardes, car j'ai la conviction qu'il ne vous veut que dii mal. A quel propos passe-t-il chaque matin une demi-heure dans sa cabine, enfermé avec le sergent crasseux des soldats de marine ? Les rapports comme maître d'armes ne devraient-ils pas n'arriver au capitaine que par votre intermédiaire, puisque vous êtes premier lieutenant? Mais le capitaine en fait un espion contre tout l'équipage , et contre aous particulièrement. Le drôle commence déjà à se donner des airs, et parle aux jeunes gens de famille comme s'ils étaient au-dessous de lui. J'ai craint que vous ne vous en fussiez pas aperçu, M. Simple, et j'ai jugé convenable de vous en avertir.

— ^Je vous suis fort obligé de vos bonnes intentions, Swinburne ; mais , lorsque je fais mon devoir , à? quoi puis-je avoir peur ?

— On a beau faire son devoir, M. Simple, quand

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