‹ Pierre Simple (volume 2)Chapitre 175 sur 250 · CHAPITRE LV · texte numérisé non relu

CHAPITRE LV

mât de foc et son perroquet d'avant tombèrent , et il coula avec tant de force que nous nous trouvâmes éloignés de lui, et que, tournant au vent, nous tirâmes de nos batteries de poupe. L'ennemi , malgré les dégâts qu'avait produits notre bordée, gouverna de façon à nous prendre de flanc ; nous nous aperçûmes de sa manœuvre , nous l'imitâmes, et carrant alors nos voiles , nous courûmes avec lui sous le vent , sans cesser de toute une demi-heure d'échanger bordée contre bordée.

Toutefois , nous reconnûmes bientôt que nous n'avions aucun avantage à continuer ce jeu. Le brick ennemi était admirablement défendu , et tous ses canons étaient parfaitement pointés. Plusieurs de nos hommes se trouvaient hors de combat , et je crus qu'il valait mieux attaquer notre adversaire de plus près encore. Nous courions sous le vent à raison de dix milles par heure, en ne sentant qu'un léger roulis , et il n'y avait entre les deux bâtiments que la longueur d'un câble.

— Thompson , m'éci'iai-je , vovons s'il ne nous est pas possible d'imposer sil'^nce à leurs aboyeurs. Bâbord la barre , et approchez-les le plus possible, quand nous devrions craindre qu'ils ne nous lancent un obus.

— Je partage tout-h-fait votre avis , M. Simple , et nous allons voir si nous ne parvenons pas à les forcer d interrompre leur feu roulant.

Au bout de quelques minutes , nous fûmes telle-

ment l)ord à bord , que les hommes qui chargeaient les canons pouvaient se toucher les uns les autres avec leurs refouloirs et leurs éponges. Nos marins poussèrent un houra , auquel il fut bravement répondu par l'ennemi , et alors la mousqueterie commença de part et d'autre les plus affreux ravages. Le capitaine français dont le courage semblait ne pas connaître de bornes , resta quelques instants debout sur les hamacs , je me tenais aussi aux rubans de la grande vergue , lorsqu'il ôta son chapeau et me salua poliment. Je répondis à son salut , mais le feu devenait si chaud, que j'aurais désiré me mettre à l'abri sous les bastingues. Cependant je ne voulais pas descendre le premier, et le capitaine français paraissait également résolu à ne pas quitter avant moi le poste d'honneur. Enfin , un de nos soldais de marine l'atteignit au bras droit: il y porta la main comme pour me le montrer , inclina la tète, et appela pour qu'on vint l'aider à redescendre des hamacs. J'abandonnai moi-même ma position, surle-champ , car je trouvais absurde de servir de but à trente ou quarante soldats. J'avais déjà reçu une l)alle dans le bas de la jambe. Mais les effets d'un feu si rappi'oché commençaient à devenir visibles ; nos canons n'étaient plus servis que par moitié du nombre ordinaire d hommes , nos flancs étaient presque à jour , et nos voi!es, nos cordages pendaient en lambeaux. L'ennemi avait souffert plus encore que nous, cl deux nouvelles bordées que nous lui

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