CHAPITRE LV
envoyâmes abattirent son grand mat sur le platbord. Nos gens poussèrent des cris de joie , et lui en lâchèrent une troisième. Il resta alors en arrière ; nous virâmes pour Tenfiler de nouveau, il essaya de virer ussi, mais ne put y parvenir qu'après s'être débarrassé de son grand mât, avoir serré la misaine , et baissé les voiles de perroquet. 11 continua alors l'action avec la même ardeur.
— De par Dieu ! voilà un fier capitaine , s'écria Thompson. Je n'ai jamais vu mieux défendre un vaisseau, mais il cédera tôt ou tard; Webster est tombé, le pauvre diable !
— Malheureusement oui, répliquai-je , et j'ai peur que beaucoup d'autres de nos camarades ïi'aient eu le même sort. Mais je crois qu'il est inutile de perdre l'avantage que nous avons en ce moment. L'ennemi ne peut nous échapper ; toutefois , il continuerait encore long-temps à se battre de cette manière. Nous ferions mieux de le devancer pour un moment , et de réparer nos avaries ; mutilé comme il est, il sera obligé de se rendre lorsque nous reviendrons au combat.
— D'accord , dit Thompson ; le seul dommage c'est que la nuit va venir.
— Je ne le perdrai pas de vue, et il ne peut guère [)rendre la fuite , mais s'il tentait de courir devant le vent, nous l'aurions bientôt rejoint.
Nous lui lâchâmes, en le dépassant, celles de nos pièces qui ét;iient chargées , et quand nous
fûmes à un demi-mille de distance , nous mîmes en panne pour réparer nos dommages.
Le lecteur peut demander : — Mais où était le capitaine tout ce temps-là ? Je lui répondrai qu'il était au cabestan , qu'il y resta silencieux , et ne se mêla de rien pendant toute l'action qui fut dirigée par Thompson , le maître d'équipage et moi. Quelle mine eut-il du reste , et de quoi s'occupa-til durant le combat? Je ne saurais le dire, car je n'avais pas le loisir de le regarder. Alors même , je m'occupais à faire rattacher les cordages , hisser des voiles de cape, et remettre tout en ordre, et je n'aurais pas songé qu'il existât s'il ne se fût rapproché de moi, car aussitôt que nous avions cessé le feu il avait paru revenir à la vie. Cependant il n'osa me parler tout de suite, et commença par s'adresser aux matelots.
— Allons, mes enfants! de la vivacité , du monde ici pour laver le sang ! vous , jeune homme , courez au chirurgien, et dites-lui que j'attends son rapport sur les tués et les blessés.
Peu à peu il parla davantage et m'aborda enfin. — Savez-vous, M. Simple, que l'affaire a été assez vive ?
— Très vive, même, monsieur , répliquai-je , et je me détournai aussitôt pour commander diverses manœuvres.
— Du monde à la grande hune ! faites descendre à tribord le câble de hissage.