‹ Pierre Simple (volume 2)Chapitre 183 sur 250 · CHAPITRE LVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE LVI

— Déshabillez-vous, drôle.

— Soit, monsieur, mais il est dur d'être fouetté pour rien.

Jones ôta ses habits, et s'approcha de la claie. Les aides du quartier-maître le saisirent.

— Il est saisi, monsieur, dit au capitaine le misérable sergent des soldats de marine qui était un espion.

Le capitaine voulut lire les articles du code maritime, formalité nécessaire avant de punir un matelot, mais il fut un peu déconcerté de s'apercevoir qu'il était tombé sur un paragraphe contre lequel aucune infraction positive n'avait été commise. A la fin, il en découvrit un qui était relatif aux complots , conspirations , et provocations à la révolte. Nous ôtâmes tous notre chapeau pendant qu'il en donna lecture , et appelant ensuite M. Paul le quartier - maître , il lui commanda d'appliquer douze coups au coupable.

— Excusez , monsieur , répondit le quartiermaître, en montrant son bras qui était en écharpe; je no puis frapper, car à peine suis-je en état de lever le bras.

— Vous n'aviez pourtant pas mal au bras lorsque je suis venu à bord, monsieur, s'écria le capitaine.

— Non, monsieur , mais en me hâtant de faire monter les gens de l'équipage, j'ai glissé du haut en bas de l'échelle, et j'ai peur de m'étrc démis l'épaule.

Le capitaine se mordit les lèvres; il était bien convaincu , et ne se trompait pas, que c'était de la part du quartier-maître un prétexte pour ne pas fouetter les (^ens de l'équipage. — Eh bien, alors, demanda- t-i l , où est Miller, le premier aide du quartier- maitre?

— Me voici, monsieur, répondit Miller en s'avançant. C'était un robuste et vigoureux gaillard , presque haut de six pieds, avec une queue longue d'environ quatre pieds, et dont la poitrine nue était couverte de longs poils noirs.

— Donnez douze coups à cet homme, monsieur, dit le capitaine.

Miller regarda successivement le capitaine , les gens de l'équipage, et le patient, mais ne commença pas la punition.

— M'entendez-vous, monsieur? hurla le capitaine.

— Ma foi, votre honneur, j'aurais envie de donner ma démission j je ne me soucie pas de rester premier aide du quartier-maître dans une circonstance comme celle-ci.

— Obéissez à l'instant aux ordres qu'on vous donne, monsieur, s'écria le capitaine, ou je vous accuserai de mutinerie.

— Excusez-moi, monsieur , mais à l'impossible nul n'est tenu. Je ne voudrais pas vous désobéir, capitaine Hawkins ; cependant je ne puis fouetter cet homme; ma conscience ne me le permet pas.

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