‹ Pierre Simple (volume 2)Chapitre 186 sur 250 · CHAPITRE LVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE LVI

ils étaient généreux , pleins de loyauté , et parfois, quand la colère ne les aveuglait pas, prouvaient que leur cœur, pour ne pas être exempt de défauts, n'en possédait pas moins de nobles qualités. Pourtant, c'étaient des tyrans; mais quoique tyrans, les matelots leur pardonnaient , et un seul acte de bonté, quand ils n'étaient pas égarés par l'impétuosité de leurs passions, effaçait mille actes de tyrannie. Mais il n'en est pas de même dans la marine à l'égard des capitaines qui joignent à la tyrannie la lâcheté; les matelots ne leur font pas grâce, et bravent tous les châtiments dont la sévérité du Code maritime les menace , plutôt que de ne pas exprimer leur opinion sur un homme qu'ils méprisent. Je ne veux pas citer des noms propres, mais je pourrais nommer à l'appui de mon assertion, des tyrans braves et de lâches tyrans qui ont existé dans la marine et qui existent encore. Les règlements actuels ont restreint la tyrannie dans de certaines limites , mais ils ne peuvent atteindre la tyrannie jointe à la bassesse , car ce n'est pas sur des points assez importants pour motiver des plaintes à l'autorité supérieure , qu'elle s'exerce. Elle recourt à de misérables tracasseries ; elle sourit afin de pouvoir trahir, elle se renferme dans des bornes où l'on ne peut l'attaquer; elle n'a rien à craindre , à moins que son courage ne soit mis en question , ce qui n'arrive que rarement; et dans ce cas, il est aussi diflicile que dangereux de chercher à établir sa lâcheté. On poun*

demander pourquoi je ne quittai pas le brick après avoir reconnu le caractère du capitaine et l'inimitié qu'il me portait. Tout ce que je puis répondre, c'est que j'y pensai souvent, que souvent j'en parlai avec mes camarades, mais qu'ils me persuadèrent de demeurer à bord; et, comme j'étais premier lieutenant, comme je savais qu'une action glorieuse suffirait , suivant toute vraisemblance , pour assurer mon avancement, je résolus, pour me servir d'un terme de marin, à braver la bourrasque et à ne pas perdre la seule chance que j'eus alors d'obtenir le grade de capitaine.

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