‹ Pierre Simple (volume 2)Chapitre 188 sur 250 · CHAPITRE LVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE LVII

fût un fils trop respectueux et trop soumis pour ne pas lui obéir. L'état de mou père devenait de plus en plus alarmant , mais il y avait quelque chose de burlesque dans ses lubies. Il s'était imaginé un jour d être un âne et n'avait cessé de braire toute une semaine , détachant à la vieille garde , dans l'estomac, des ruades qui l'obligeaient a se replier Sûr lui-même comme un hérisson. Un autre jour, il s'était mis dans la tète qu'il était une pompe , et un bras étendu pour figurer le conduit par leque' l'eau sort , il avait forcé la pauvre vieille à lui lever et baisser successivement l'autre pendant des heures de suite. Une autre fois , il s'était figuré être une femme en mal d'enfant , et non seulement il avait fallu lui administrer une forte dose de calomel, mais encore emprunter à une voisine un petit garçon de six ans pour lui faire croire qu'il venait d'accoucher. Il n'en conserva aucun doute, quoique le gamin lui eût été amené en culottes , et avec une "^'^este à trois ranes de ffros boutons. — Parbleu ! s'é-

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cria-t-il, ce sont ces boutons qui me faisaient tant de mal ou côté. Bref, c'était une suite d'étranges imaginations de ce genre, qui se succédaient de manière à rendre folle ma pauvi'e sœur , et parfois les idées du malade entraînaient à d'énormes dépenses, car il envoyait chercher des architectes, concluait des achats de matériaux, passait des marchés pour bâtir, dans la supposition qu'il avait hérité du titre et des ■biens de son frère. Comme c'était la base de sa mala.

die , ce caprice revenait souvent. J'écrivis à la pauvre Hélène pour lui donner les meilleurs conseils que je pus. Sur ces entrefaites , le brick se trouva prêt à reprendre la mer , et nous nous attendîmes à lever J3ientôt l'ancre. Je n'oubliai pas d'écrire à O'Brien j mais la distance qui nous séparait alors était si grande , que je ne me dissimulais pas qu'il faudrait sans doute que j'attendisse un an sa réponse, et j'avais de tristes pressentiments que sous peu j'aurais grand besoin de ses avis.

Nos ordres furent de nous rendre à Portsmouth, et de joindre un convoi qui se réunissait dans ce port, pour l'escorter à travers la Baltique avec la frégate l'Acaste et deux autres bâtiments. Nous mimes à la voile sans aucune allégresse , sans aucun espoir de garnir notre gousset au moyen de belles prises. Notre capitaine sufiisait pour qu'un navire devînt un enfer , et l'équipage du nôtre n'était composé , à quelques exceptions prés sans doute , que d'une bande de coquins insubordonnés et incorrigibles. Combien lesolïiciers trouvèrent le brick différent, après avoir perdu un capitaine tel qu'O'Brien, et un ensemble de si bons matelots! Mais le mal était sans remède , et tout ce que nous pûmes faire , fut d'en prendre notre parti et d'espérer des temps meilleurs. Le chat avait de la besogne presque tous les jours , et je dois avouer que, si quelquefois il est vrai, un rapport du sergent des soldats de marine contre un brave marin favorisé par nioi , lui attirait

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