CHAPITRE XXXll
dévoré mon cher bichon , s'écria-l-cllo , il peut dévorer aussi ce papier ! A ces mots , elle le jeta à la mer, et se laissa elle-même tomber d'épuisement sur le pivot d'une caronnade. — C'est fort bien, madame , répliquai-je ; mais le calme vous reviendra peu à peu , et alors vous ferez un autre testament.
— Je jure par toutes les espérances que j'ai d'aller en paradis, reprit-elle, de n'en pas faire d'autre. — Bah I vous ne tiendrez point cette menace, madame.
— Dieu m'est témoin, capitaine, que je la tiendrai ! Ma fortune passera maintenant à mon héritier présomptif, et vous savez , M. Kearney , que vous ne l'êtes pas. Or, comme je savais aussi que la vieille dame avait beaucoup d'obstination, et que pour rien au monde elle ne démordrait de sa parole, je ne pensai plus qu'à recouvrer le testament, qui sans qu'elle le soupçonnât, flottait à cinquante toises de l'arriére. Après un instant de réflexion, j'ordonnai au contremaître de sifïler pour que tous les matelots se baignassent. — Vous m'excuserez , miss Kearney, lui dis-je, mais les gens de l'équipage vont prendre un bain, et je ne présume pas qu'il vous soit agréable de les voir tout nus. Si tel est votre désir , néanmoins, libre à vous de demeurer sur le pont. Elle me regarda avec des yeux étincelants de colère , se leva de son affût, gagna l'échelle clopin-clopan, et hurla que cette nouvelle insulte prouvait encore combien je méritais peu ses bontés pour moi. Dès (ju'elle fut descendue, on mit à l'eau les chaloupes du gaillard