‹ Pierre Simple (volume 2)Chapitre 190 sur 250 · CHAPITRE LVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE LVII

— C'est que probablement le convoi n'est pas encore réuni, Swinburne. Au reste, vous savez qu'il ne manque pas de corsaires français dans le détroit.

— En effet, monsieur.

— Mais , dites-moi , Swinburne , à bord de quel vaisseau avez-vous fait connaissance avec la Baltique ?

— A bord du Saint-George, un bon vieux vaisseau de quatre-vingt dix-buit. 11 naviguait absolument comme une meule de foin , un mille en avant et trois milles à la dérive. Si vous aviez vu, M. Simple! Le Catégat avait trop peu de largeur pour lui ; mais, après tout , c'était un excellent vaisseau , à moins que la brise ne soufflât vers la côte; aussi , nous tenions-nous toujours à distance respectueuse de la terre , je me le rappelle bien, soit dit en passant. M. Simple, vous rappelez- vous votre colère, ce jour que nous étions arrivés à la Barbade, et que je ne vous avais pas averti quand les matelots tétèrent la guenon .'*

— Sans doute.

— Eh bien ! je croyais, dans ce temps-là , qu'il eût été mal de vous avertir, parce que j'étais un des leurs. Mais , à présent que je suis quelque peu oflicier, je vais vous apprendre , pour T époque où nous arriverons à Carlskrone, qu'il y a dans ce port une méthode de téter la guenon qu'en votre (pialité de premier lie\itenant,et avec un capitaine aussi original, il est utile que vous n'ignoriez pas. Sur le vieux

Saint-George, nous eûmes une après-midi soixante matelots complètement ivres, et le premier lieutenant ne put découvrir comment ils s'étaient eni- ^Tés.

— Parbleu ! Swinburne , il faut que vous me dévidiez ce secret.

— Volontiers , M. Simple. Connaissez-vous la fameuse drogue pour les coupures et les balafres, qu'on appelle du baume ?

— Est-ce le baume de Riga dont vous voulez parler ?

— Précisément. Eb bien , toutes les cbaloupes du port viendront nous en offrir à acheter, comme elles l'ont fait pour le vieux Saint-George. C'est une diablement bonne drogue pour les blessures , je crois ; mais elle n'est pas mauvaise à boire , non plus, et elle vous a une force ! . . . Nous avions coutume de la prendre intérieurement, M. Simple ; et le premier lieutenant ne devina jamais le tour.

— Quoi I vous vous grisiez tous avec du baume de Riga ?

— Tous ceux qui le pouvaient. Aussi , vous en ai-je prévenu.

— Grand merci, Swinburne ; car je ne m'en fusse jamais douté ; mais je commence à croire que des matelots se griseraient avec n'importe quoi.

Le matin suivant, nous jetâmes l'ancre à Spilhead, et trouvâmes le convoi prêt à partir. Le capitaine alla à terre instruire l'amiral de notre arrivée, et,

Page 1