‹ Pierre Simple (volume 2)Chapitre 197 sur 250 · CHAPITRE LVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE LVIII

celui des bâtiments du convoi qui était le plus voisin de Tennemi ; cVtait un grand vaisseau de Sunderland. Les chaloupes canonnières qui ne s'en trouvaient plus qu'à un quart de mille et ramaient vers lui de toute leur force, ne nous eurent pas plus tôt aperçus, qu'elles tournèrent leur feu sur nous, mais sans résultat , si ce n'est à la dernière volée qu'ils chargèrent à mitraille parce que nous étions assez près. Leurs pièces portèrent un peu court ; seulement un éclat de mitraille atteignit un des bosmans de la pinasse et lui emporta trois doigts de la main droite pendant qu'il ramait ; avant qu'ils pussent tirer de nouveau, nous fumes abrités par le bâtiment en nous glissant le long de ses flancs de manière à nous dérober à l'ennemi ; ma barque était la seule de la division qui portait un canon; je chargeai alors, j'attendis que les chaloupes canonnières eussent tiré , et alors m'avançant un peu au - delà du vaisseau, je leur lâchai mon coup, puis je revins me mettre à Tabri pour charger de nouveau.

Cette manœuvre dura quelque temps, l'ennemi ne s'approcha pas davantage , mais se mit à tirer sur le Sunderlandais dont nous étions protégés. Enfin, le patron du bâtiment alongea la tète par-dessus le platbord, et me dit: — Ohé! farceur, appelez-vous cela me prêter secours .^ je crois que j'étais plus à mon aise avant que vous ne vinssiez , je n'avais alors que ma part du feu de l'ennemi , mais depuis que vous êtes venu , je reçois tout, je suis troué comme un crible ,

j'ai déjà perdu quatre hommes. Si vous vouliez me faire un petit plaisir, ce serait d'aller vous mettre derrière mon voisin, je me défendrai tout seul. Je trouvai celte requête fort raisonnable, et comme d'ailleurs , je devais être plus près de l'ennemi en me plaçant derrière l'autre vaisseau , sans compter que je pourrais secourir le premier si on l'attaquait, je me rendis au vœu du patron. J'avais défense expresse de monter à l'abordage avec si peu de monde , car mes quatre barques ne contenaient que quarante hommes et chacune des chaloupes canonnières en avait au moins soixante-et-dix ; ou du moins je ne pouvais le faire que si elles cherchaient à capturer un de nos bâtiments. Je devais alors courir tous les risques.

Je me plaçai donc derrière l'autre vaisseau. C'était un gros brick, dont le capitaine, en nous voyant approcher, me cria : — Je vois quelle est votre intention, et je vais vous abandonner le soin de mon navire. Il ne me servirait à rien de perdre mes matelots ou de me faire moi-même casser la tête.

— Vous avez raison, lui répondis-je, ni vous ni moi ne pouvons faire mieux.

Il fit mettre sa chaloupe à la mer, y descendit avec son équipage, et alla se placer derrière le vaisseau suivant, prêt à regagner son bord si une brise s'élevait.

Comme on devait s'y attendre, les chaloupes

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