‹ Pierre Simple (volume 2)Chapitre 202 sur 250 · CHAPITRE LIX. 36Î · texte numérisé non relu

CHAPITRE LIX. 36Î

Fi ! fi ! s'écrièrent deux ou trois ofticiers parmi lesquels je reconnus la voix de Swinburne.

— Ce serait plus vraisemblable s'ils mettaient les vôtres ! m écriai-je avec force et indignation.

Tout le monde tressaillit et se retourna ; le capitaine Hawkins chancela jusque sur une caronade. Je vous annonce que je suis revenu à bord , monsieur, ajoutai-je.

— Bravo! mes amis , bravo! trois houras pour M. Simple! s'écria Swinburne.

Les gens de l'équipage les poussèrent avec transport. Le capitaine me lança un coup-d'œil, et , sans dire un mot, se retira en toute hâte dans sa cabine. Pendant qu'il descendait , je m'aperçus qu'il portait un bras en écharpe. Je remerciai les matelots de l'affection qu'ils venaient de me témoigner, je serrai la main de Thompson et de AVebster, qui me félicitèrent chaudement de mon retoiu' , puis du vieux Swinburne, qui m'arracha presque le bras et me fit tant de mal à l'épaule que j'en jetai un cri, enfin de tous ceux qui me la présentèrent , et je priai qu'on interronipit la vente de mes effets. Heureusement pour moi elle ne faisait que commencer, et les objets déjà vendus me furent tous restitués. Thompson avait averti le capitaine qu'il connaissait l'adresse de mon père, et se chargerait de renvoyer mes bardes à ma famille ; mais le capitaine n'avait rien voulu écouter.

Au bout de quelques minutes , je reçus un billet

du capitaine qui m'invitait à l'informer par écrit, de la manière dont je m'étais échappé , pour qu'il pût en instruire l'officier de l'escadre à qui l'ancienneté du service donnait le commandement supérieur. Je descendis donc dans ma cabine, où, soit dit en passant, je trouvai la plus piteuse figure du monde , — celle d'un ex-aspirant de TAcaste qui était déjà venu me remplacer. Quand j'ouvris mon pupitre, je m'aperçus qu'on y avait enlevé deux objets importants, l'un était un registre où je copiais mes lettres , et l'autre, le journal que je tenais de tous les événements, journal sur lequel je compile mon récit. Je questionnai mes camarades, et ils m'apprirent que personne, hormis le capitaine , n'avait fouillé dans mon pupitre; c'était donc en sa possession que devaient être ces pièces capitales.

Je rédigeai d'abord une narration exacte de ce qui m'était arrivé , après quoi j'écrivis une lettre particulière au capitaine pour le sommer de me rendre ce qu'il m'avait pris. — Mon journal et ma copie de lettres. Dès que mes missives lui furent parvenues, le capitaine m'envoya Tordre de faire préparer sa chaloupe. Aussitôt qu'elle fut prête , j'allai l'en prévenir, et je lui demandaien même temps s'il avait l'intention d'acquiescer à ma requête. Il me répondit par un refus , monta sur le pont , et quittant le brick , se fit conduire vers le vaisseau de l'officier supérieur. Je me déterminai aussitôt à écrire au capitaine de l'Acaste, car c'était à lui qu'appartenait le

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