CHAPITRE LX. 3T
jour, il vint me trouver avec un interprète anglais, et me demanda si au lieu de retourner en AnMeterre, je ne voudrais pas accepter du service en Suéde. Je vis quon avait besoin de moi ; mon amour-propre en fut flattéj je répondis que je n'avais en Angleterre ni femme ni enfant, et que j'aimais la Suède , mais quil me fallait prendre le temps de réfléchir, et savoir d'ailleurs ce qu'on avait à me proposer. Sur ce, je m'en revins chez moi , et pour les inquiéter davantage , je ne me montrai pas au chantier de deux ou trois jours. Au bout de ce temps, m'arriva une lettre de l'amiral qui m'offrait le commandement d'une frégate si je consentais à entrer dans leur marine. Je répondis , car je savais combien ils avaient besoin de moi , que je préférerais toujours une frégate anglaise à une frégate suédoise, et que je n'accéderais à leurs désirs qu^iu cas où ils m'offriraient quelque chose de mieux , et encore sous la condition expresse dene jamais porter les armes contre mon propre pays. Us laissèrent une semaine s'écouler, puis m'offrirent le litre de comte et le commandement d'une frégate. Cette offre m'allait, comme vous pouvez croire, Pierre; c'était là le vœu le plus ardent de mon cœur; j'allais devenir gentilhomme ! Je consentis , je fus fais comte Glouskson , et j'eus une belle grande frégate sous mes ordres. Je pris alors cœur à la besogne, je surveillai l'équipement de toute la Hotte , et je leur montrai ce dont était capable un Anglais. Nous
mîmes à la voile , et vous avez , je pense , entendu parler du combat que nous livrâmes aux Russes. Nous nous en tirâmes , je dois le dire, à notre honneur. Moi-même , je fus assez heureux pour me distinguer d'une manière spéciale ; car , m'attaquant à un deux-ponts, je gardai l'avantage. De retour au port, j'obtins ce ruban-ci. Je me remis en campagne , je rencontrai une frégate russe j je la capturai , et je reçus en récompense cet autre ruban-là. Depuis que les faveurs pleuvent sur moi, et à présent que je parle la langue du pays, j'en aime beaucoup les habitants. Quand je suis à terre, je vais souvent à la cour, et que vous dirai-je encore, Pierre ? je suis marié. .
— Recevez-en , comte , mes sincères félicitations.
— Oui, et bien marié encore, marié à une comtesse suédoise de très illustre flimille ; et je compte avoir sous peu un petit garçon ou une petite fille. Vous voyez donc , Pierre, que je suis enfin devenu gentilhomme, et que mes enfants seront nobles dans dans les deux lignes. Qui aurait pensé que tel devait être le résultat de la méprise par laquelle j'ai jeté dans ma barque la jaquette du capitaine au lieu de la mienne? Et maintenant, mon cher monsieur Simple, que je vous ai mis dans ma confidence, je n ai pas besoin de vous dire qu'il n'en faut souffler mot à personne. Ce sont des choses qui sans pouvoir me faire beaucoup de mal , ne me feraient cependant pas beaucoup de bien ; et quoiqu'il ne soit pas pro-