‹ Pierre Simple (volume 2)Chapitre 209 sur 250 · CHAPITRE LX · texte numérisé non relu

CHAPITRE LX

bable qu'on doive jamais me reconnaître sous cet uniforme et avec mes moustaches, mieux vaut garder un secret que je n'eusse confié qu'à O'Brien et à vous.

— Cher comte, répliqua i-je, votre secret ne court aucun risque avec Pierre , et la haute position que vous occupez aujourd'hui me comble de plaisir. Vous voilà titré , quoi qu'il arrive , titré avant moi, et je vous en félicite de tout mon cœur ; car vous avez honorablement obtenu votre titre ; mais malgré la joie que j'aurais à causer avec vous des journées entières , il faut que je retourne à bord , car je sers à présent sous un capitaine fort désagréable.

Je lui racontai alors le plus brièvement possible où en était O'Brien, et, quand il fallut nous séparer, le comte Glouskson , montant avec moi sur le pont, et me prenant le bras , me présenta comme un ancien camarade à ses ofiiciers. • — Je souhaite que nous nous revoyons, lui dis-je, mais j'en ai peu l'espoir.

— Qui sait, répliqua-t-il ; voyez ce que le hasard a fait pour moi. Mon cher Pierre, que Dieu vous garde ! Vous êtes du très pe'it nombre de ceux que j'ai toujours aimés. Que Dieu vous garde, mon garçon ! vi n'oubliez jamais que tout ce que je possède est à votre disposition , si je me retrouve sur votre chemin.

Je le lemerciai de ses oflVes ; et saluant les olTiciers , je descendis dans ma chaloupe. Comme je m'y attendais, le capitaine, lorsque je fus de retour à

bord, me demanda pourquoi mon absence s'était tant prolongée. Je répondis qu'on m'avait mené dans la cabine du comte Glouskson , et qu'il avait causé si long-temps avec moi que je n'avais pu me retirer plus tôt ; car il n'aurait pas été poli de le quitter avant qu'il n'eût fini ses questions. J'offris alors au capitaine Hawkins les compliments du comte Glouskson , et il ne souffla plus mot. La simple mention d'un titre le réduisait toujours au silence.

Page 1