‹ Pierre Simple (volume 2)Chapitre 211 sur 250 · CHAPITRE LXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXI

règles du service, j'avais préparé pour l'amiral une lettre où je lui exposais les circonstances, et le priais de m'accorder un congé, je la présentai à M. Hawkins en lui demandant de la faire passer. En toute autre occasion, je n'aurais pas voulu lui devoir ce service ; mais l'idée de ma pauvre sœur, seule et sans protection avec mon père étendu sur son lit de mort près d'elle, me rendit humble et soumis. Le capitaine lut la lettre, et me répondit très froidement qu'il était fort aisé de dire que j'avais perdu mon père, mais qu'il lui en fiiUait des preuves. Cette insulte même me trouva insensible; je ïffis la lettre de ma sœur entre ses mains ; il la lut, et, en me la rendant, il se prit à sourire d'un air méchant. — Il m'est impossible d'envoyer votre lettre, M. Simple, car j'en ai une à vous remettre.

Il me présenta alors un gros paquet de papiers in-folio, et descendit dans la cabine. Je brisai l'enveloppe : c'était la copie d'une lettre où il demandait une cour martiale contre moi, avec une lonp:ue liste des chefs d'accusation qu'il avait avancés. Je demeurai stupéfait, moins de ce qu'il eut demandé une cour mai-tiale, que de ia conviction qu'il m'était maintenant impossible de voler au secours de ma pauvre sœur. Je me rendis dans la salle des officiers, et, en me jetant sur un fauteuil, je lançai la lettre à Thompson, le maitre d'équipage. Il la lut soigneusement, et la remit sous l'enveloppe.

— Sur ma parole, M. Simple, je ne vois pas que

VOUS ayez beaucoup à craindre, toutes ces accusations sont bien frivoles.

— Oh ! ce n'est pas d'elles que je m'inquiète, mais de ma pauvre sœur; j'avais écrit pour solliciter un congé, et maintenant la voilà abandonnée à ellemême, Dieu sait pour combien de temps, au milieu de si tristes circonstances.

Thompson prit un air grave. — J'avais oublié la mort de votre père, M. Simple; c'est réellement cruel. Je vous offrirais de partir à votre place, mais vous aurez besoin de mon témoignage devant la cour martiale. Le malheur est sans remède. Écrivez à votre sœur, et engagez-la à reprendre courage ; dites-lui pourquoi vous ne pouvez vous rendre prés d'elle, et que tout finira bien.

Je suivis ce conseil, et j'allai de bonne heure me coucher ; car j'étais réellement malade. Le matin suivant, je reçus de l'amiral du port une lettre qui m'informait officiellement que j'étais traduit devant une cour martiale, et qu'elle se réunirait de ce jourlà en huit. Je remis sur-le-champ le commandement du brik au second lieutenant , et je me mis à examiner les chefs d'accusation avancés contre moi. Ils étaient fort nombreux^ et remontaient presque au jour où le capitaine était venu à bord. 11 n'y en avait pas moins de douze. Je n'ennuierai pas le lecteur en les lui rapportant tous, car il y en avait plusieurs de très frivoles. Voici les principaux :

1 " Pour avoir manqué au respect et à la subordi-

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