‹ Pierre Simple (volume 2)Chapitre 213 sur 250 · CHAPITRE LXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXI

fallait, tous mes capitaux au paiement des créances, et j'envoyai à mon homme-d'affaires une procuration pour faire vendre mes rentes sur l'état, ainsi qu'un ordre pour en toucher le montant.

Je venais de cacheter la lettre quand madame Trotter, qui avait fréquenté le hrick depuis notre retour à Portsmouth, demanda à me parler, et, sans attendre de réponse, entra derrière le porteur de son message. — Mon cher M. Simple, dit-elle, je sais tout ce qui se passe, et j'apprends que vous n'avez pas d'homme de loi pour vous assister. Or, je crois qu'il est très nécessaire d'en avoir un, et que son secours vous sera prohablement très utile dans l'intérêt de votre défense ; car quand on est dans la détresse et l'inquiétude, on n'a pas toujours la tète à soi. Je vous ai donc amené de Portsmouth un mien ami , un fort habile homme, qui par attachement pour moi , se chargera de cette cause , et j'espère que vous ne le refuserez point. Vous rappelez-vous les douze paires de bas que vous m'avez autrefois données? Je les acceptai de vous ! Pourquoi donc n'accepteriez aujourd'hui rien de moi? Je disais toujours à M. Trotter : — Consultez un homme de loi ; et s'il avait suivi mon conseil, il s'en serait bien trouvé. Je me rappelle un jour où un cocher de fiacre raya le panneau de notre voiture; — Trotter, lui dis-je , consultez un homme de loi. — Et vous, consultez le diable! me répondit-il fort poliment. Mais qu'en est-il résulté? Il est mort, et je suis

vivandière. Maintenant, M. Simple, ne me ferezvous pas le petit plaisir que je vous demande ? Il ne v^ous en coûtera pas une obole ; tout sera gratuit, pour rien ; ... peut-être cependant ne devrais-je pas (Jire pour rien, car ce sera pour Tamour de moi. Vous voyez, JVI. Simple, que j'ai encore des admirateurs, termina-t-elle en souriant.

L'avis de madame Trotter était bon. Je ne voulus pas entendre parler de recevoir gratuitement les services de son ami , mais je consentis à y recourir, et je les opposai avec succès non seulement aux chefs d'accusation avancés contre moi, mais encore à un tel homme que le capitaine Hawkins. Le protégé de la vivandière vint à bord dans l'aprèsmidi , examina soigneusement toutes les pièces, questionna les témoins que j'avais à produire, me montra le côté faible de ma défense, et emporta avec lui mon dossier à terre. Toute la semaine, il revint pour tâcher de recueillir sur mon affaire des éclaircissements nouveaux.

Enfin le jour arriva. Je mis mon grand uniforme. Des coups de canon, tirés du vaisseau-amiral , annoncèrent que la cour martiale s'y réunirait à neuf heures, et je me rendis à bord, dans une chaloupe^ avec tous mes témoins. Dès mon arrivée, je fus mis sous la garde du prévôt martial. Les capitaines, désignés pour être mes juges, arrivèrent l'un après l'autre, et furent r*^çus par un détachement de soldats de marine qui leur présentèrent les armes.

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