CHAPITRE LXI
A neuf heures et demie, la cour était assemblée, et je fus introduit. Les cours martiales sont publiques , quoiqu'il ne soit permis d'imprimer la déposition de personne. A un des bouts de la longue table était assis l'amiral , comme président ; à la droite, debout, se tenait le capitaine Hawkins, comme poursuivant au nom du roi. De chaque côté de la table étaient trois capitaines, assis plus ou moins prés de l'amiral, selon que leur ancienneté leur y donnait droit, A l'autre bout, en face du président, était le juge-avocat, à gauche duquel je me tins debout comme accusé. Les témoins à charge et à décharge furent placés à sa droite; et derrière lui , par une tolérance de la cour , se trouvait une petite table devant laquelle était assis mon conseil, assez prés pour que nous pussions communiquer ensemble.
Les membres de la cour prêtèrent fous serment, et prirent place. Des cordes attachées à des estances, et tout du long garnies de serge verte , formaient une espèce de balustrade derrière les sièges des capitaines, de manière à contenir la foule venue pour assister aux débats.
On lut d'abord la lettre par hupielle une cour martiale avait été demandée contre moi , la réponse de l'amiral qui l'accordait, et les chefs d'accusation; le capitaine Hawkins eut ensuite la parole pour entamer la poursuite. H commença par dire qu'il ne s'était pas vu sans beaucoup de regret obligé d'em-
ployer une mesure qui répugnait tant à son caractère , avança qu'il m'avait donné de nombreux avertissements que j'avais toujours reçus avec indifférence, enfin, après un préambule composé de tous les mensonges imaginables, il développa le premier chef d'accusation , déclara avoir été lui-même témoin des faits, et déposa. Quand il eut fini, le président me demanda si j'avais quelque interpellation à lui adresser. D'après l'avis de mon conseil , je répondis négativement. L'amiral fit alors la même demande, par ordre d'ancienneté, aux six capitaines qui composaient la cour.
— Je désirerais, répondit le capitaine, qui fut interrogé le second , savoir du capitaine Hawkins si en cette circonstance, il était monté sur son gailiardd'arriére comme le capitaine d'un vaisseau de guerre y monte ordinairement , ou s'il s'y était glissé sans bruit.
Le capitaine Hawkins répliqua qu'il s'y était rendu comme il s'y rendait d'ordinaire.
— En outre , capitaine Hawkins , comme vous avez tout-à-l'beure rapporté une grande partie de la conversation qui a eu lieu entre le premier lieutenant et le canonnier, puis-je savoir de vous combien de temps vous êtes resté près d'eux, sans qu'ils vous aient aperçu ?
— Quelques minutes, répondit-il.
— Mais, capitaine , ne croyez-vous pas, en vous accordant que vous êtes monté sur le pont à votre