‹ Pierre Simple (volume 2)Chapitre 219 sur 250 · CHAPITRE LXIl · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXIl

Je fus réveillé le matin suivant par mon conseil , qui ne s'était pas couché de la nuit précédente^ et qui était revenu , dés sept heures , pour relire avec moi ma défense. A neuf heures, je retournai à bord du vaisseau-amiral, et peu de temps après, la cour prit séance. On m'introduisit devant elle, et je remis mon plaidoyer au juge-avocat qui en fit lecture à haute voix. Comme j'en ai conservé une copie, je vais le mettre textuellement sous les yeux du lecteur.

Monsieur le président et messieurs les juges, Je compte environ quatorze ans de service dans la marine de Sa Majesté ; pendant ces quatorze ans, j'ai été deux fois prisonnier, j'ai deux fois été blessé, j'ai fait une fois naufrage, et toujours, comme j'espère vous le prouver par des certificats et des extraits de dépêches , j'ai rempli mon devoir avec autant de zèle que d honneur; aujourd hui, néanmoins, je me trouve dans une situation où je ne m'attendais guère à être jamais placé, aujourd hui je comparais devant une cour martiale sous le poids d'une triple accusation de mutinerie , de désobéissance et de manque de respect envers mon ofiicier supérieur. Si l'honorable cour veut prendre la peine d'examiner les certificats queje vais produire, elle verra que jusqu'à l'époque où j'ai fait voile avec le capitaine Hawkins, ma conduite a toujours passé pour être diamétralement contraire à celle qu'on m'impute mainfenant. J'ai toujours exécuU' avec promptitude et déférence

les ordres de mes chefs, et je regrette seulement que les capitaines, sous lesquels j'ai eu Thonneur de servir, ne soient point là pour corroborer par leurs témoignages la vérité de ces documents écrits. Qu'il me soit permis , en premier lieu, de faire observer à la cour que les accusations portées contre moi sont disséminées à travers un long espace de temps qui embrasse près d'un an et demi , que pendant la totalité de cette période, le capitaine Hawkins ne m'a jamais donné à entendre qu'il eût l'intention de me traduire devant une cour martiale, et que, quoiqu'il se soit souvent trouvé en présence d'un officier supérieur, il n'a jamais élevé la moindre plainte contre moi. Les règlements maritimes portent expressément que tout individu , officier, soldat ou matelot , qui croit avoir à se plaindre , doit le faire lorsqu'il arrive dans un port ou qu'il rejoint une flotte , c'est-à-dire lorsqu'il peut trouver un officier supérieur. J'admets que cet article a principalement trait aux plaintes d'un subalterne contre un supérieur; mais, en même temps, j'ose demander à l'honorable cour si un supérieur n'est pas également tenu de porter une accusation le plus tôt possible ou d'avertir qu'elle sera portée à la première occasion qui s'en présentera, au lieu d'endormir le coupable dans la sécurité et de le mettre hors d'état de défense, en laissant s'écouler un temps assez long pom' qu'il ne puisse plus produire de témoin. Je prends la liberté , messieurs , d'appeler votre attention sur

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