CHAPITRE LXIII
plus circonspect et de ne laisser personne parler avec liberté de la conduite de vos supérieurs sur le gaillard d'arrière. Le président m'a chargé de vous apprendre que notre intention est de vous iTcommander à l'amirauté dans les termes les plus chauds, de manière que si un autre capitaine vient à vous proposer de l'emploi, votre nom puisse être inscrit sans diflieulté sur le rôle de son équipage. Quanta quitter votre bâtiment actuel , en toute autre circonstance ce serait, à mon avis, un sujet de félicitations.
Je répondis par des remercîments sincères , et quittant bientôt après le vaisseau amiral, je retournai à bord du brick pour y faire mes paqwets et prendre congé de mes camarades. En y arrivant , j'appris que le capitaine Hawkins m'avait précédé , et il se promenait sur le pont lorsque je passai par-dessus le platbord. Je descendis en toute hâte dans la chambre des ofticiers, où ils vinrent me faire leurs condoléances.
— Simple, je vous félicite! s'écria Thompsori assez haut poiu^ que le capitaine l'entendit du pont. Je voudrais avoir autant de bonheur que vous; oui, je voudrais qu'on me traduisît devant une cour martiale.
— U'nprès la tournure que les choses prennent, répliquai-je à haute voix, et la communication que les membres de la cour m'ont faite relativement à ce qu'ils se proposent d'écrire aux lords de l'amirauté, je conviens avec vous, Thompson, (pieje dois beau-
coup d'obligation au capi(aine Hawkins, et j'ai infiniment de reconnaissance envers mes juges.
— Allons, mousse, des verres ! s'écria Thompson, et buvons à la prospérité de M. Simple.
Toute cette conversation était fort mortifiante pour le capitaine Hawkins qui n'en perdait pas un mot. Quand nos verres furent remplis : — A votre santé, Simple, ajouta Thompson, et puissé-je me retrouver avec un aussi bon camarade !
En ce moment, le sergent des soldats de marine mit la tête à la porte de la chambre des officiers, et me dit d'un ton très violent que j'eusse à quitter le vaisseau sans délai. Je fus si outré de colère , que je lui jetai mon verre de grog au visage, et il remonta quatre à quatre poi ter plainte au capitaine ; mais je n'appartenais plus au brick, et quand même, je n'aurais pu endurer une telle impertinence.
Grande fut la rage du capitaine Hawkins, et peutêtre m'aurait-il traduit une seconde fois devant une cour martiale, s'il n'en avait eu assez de la première. Il eut soin de s'informer du sergent s'il m'avait simplement dit que j'eusse à quitter le brick sans délai, ou bien que le capitaine Hawkins me priait de le faire ; et apprenant que l'ordre de déguerpir ne m'avait pas été signifié en ces termes, — chose que j'avais remarquée, car, sinon, je n'aurais pas osé agir comme j'avais agi — il m'envoya de nouveau prier par un aspirant de ne pas rester à bord une minute de plus. Je répondis que c'était une