CHAPITRE LXIII
à travers le pays. J'arrivai le lendemain soir à la ville où il me fallait descendre , je pris mon porte-manteau, je louai une remise , et je partis pour l'endroit qui avait été le berceau de mon enfance. Je souffrais tant qu'à peine pouvais-je soutenir ma tète, je m'enfonçai dans un coin, et sans pouvoir dormir à cause des atroces douleurs que je ressentais au front et aux tempes, je fus en proie à une sorte de cauchemar.... Il était environ neuf heures du soir, et nous étions dans un abominable chemin dont les cahots et les ornières avaient cruellement augmenté mes souffrances , lorsque la chaise fut arrêtée par deux individus qui m'en arrachèrent et m'étendirent sur l'herbe. L'un me mit un genou sur la poitrine , tandis que l'autre fouilla mon porte-manteau. -Le [)Ostillon , qui paraissait complice du coup , resta tranquillement sur son cheval jusqu'à ce que les deux brigands m'eussent dévalisé de tous mes effets, ■^.t tournant alors bride, s'éloigna. Ils me dépouillèrent alors , mt prirent tout ce que j'avais sur moi, jt ne me laissèrent que mon pantalon et ma chemise. /Vprès s'être ensuite consultés un instant , ils m'or- ^ionnèrent de continuer à suivre la direction dans laquelle j'allais avec ma chaise de poste, et de faire toute la diligence possible , sans quoi ils me briil<'raient la cervelle. Je me conformai à leurs ordres, car je m'estimais heureux d'en être quitte à si bon marché. Je n'ignorais pas que j'étais encore à trente milles au moins du presbytère; mais, si malade que
je fasse, je ne désespérai pas d'y arriver à pied. Je marchai pendant le reste de la nuit, mais je n'avançai guère. Gomme un voyageur fatigué, je passai sans cesse d'un côté à l'autre de la route, et je m'arrêtai souvent pour me reposer. Le jour parut, et je distinguai des habitations à peu de distance. J'y portai mes pas chancelants.
J'étais alors dévoré par une fièvre horrible, ma tète me semblait prête à se fendre de douleur, et je ne me traînai qu'avec beaucoup de peine jusqu'à un banc placé près d'une petite cabane proprette qui s'élevait au bord de la route. J'ai un faible souvenir que quelqu'un s'approcha de moi et me prit la main, mais rien de plus; et je n'appris que plusieurs mois après les circonstances qui vont suivre. Il paraît que le propriétaire de la chaumière était un lieutenant à demi-solde , qui avait reçu son congé par suite de blessures. Il m'emporta charitablement dans sa maison, me plaça sur un lit, et envoya prier un chirvugien devenir sans délai. J'avais alors perdu toute connaissance, et on ne put savoir qui j'étais. Mes poches étaient vides, et ce ne fut que par la marque de ma chemise qu'on apprit que je me nommai^ Simple. Pendant trois semaines, je demeurai alteinativement dans un état de stupeur et dans un état de délire. Quand le délire me prenait, je rabâchais de lord Privilège, d'O'Brien et de Céleste. M. Sehvin, l'officier qui m'avait secouru siobligeammient, savais que Simple était le nom de famille de lord Privilège,