CHAPITRE LXIII
et il écrivit sur-le-champ à sa seigneurie pour l'instruire qu'un jeune homme du nom de Simple, qui , dans les transports de la fièvre , parlait sans cesse de lui et d'un capitaine O'Brien , était gisant sous son toit dans l'état le plus dangereux , et que , comme il me présumait parent de sa seigneurie , il avait jugé convenable de l'en informer.
Mon oncle , qui savait que ce devait être moi , trouva l'occasion trop favorable pour, au cas où je me rétablirais , ne pas m'avoir en sa puissance. Il répondit qu'il se rendrait près de moi sous un ou deux jours, remercia en même temps M. Selwin des tendres soins qu'il avait prodivjués à son pauvre neveu , et le pria de n'épargner aucune dépense. Quand mon oncle arriva , ce fut dans son équipage qu'il vint, l'accès de fièvre qui me prenait de temps en temps était fini, mais j étais encore dans état de stupeur qui provenait d'une extrême faiblesse. Il remercia de nouveau M. Sehvin de ses attentions , mais ajouta qu'il avait peur qu'elles n'eussent été inutiles, car ma tête se dérangeait d'année en année, et avoua qu il craignait que je ne devinsse définitivement fou. — Son pauvre père est mort dans le même état, continua-t-il en passant la main sur ses yeux comme s'il eût été vivement affligé. J'amène mon médecin avec moi pour voir s'il est transpoitable. Je ne pourrai être satisfait à moins de passer les nuits cl les jours près de lui.
Le médecin, qui n'était que le valet de chambre
de mon oncle , me prit la main , me tâta le pouls , m'examina les yeux et déclara que je 'pouvais être transporté sans péril. Je devais , prétendit-il , me rétablir plus promptement dans une chambre plus aérée. Bien entendu , M. Sehvin ne fit aucune objection , et attribua tout à l'intérêt que mon oncle paraissait me porter. On m'habilla sans que je sentisse rien, et je fus porté dans la voiture. Il est étonnant que je ne sois pas mort après avoir été ainsi arraché de mon lit; mais le ciel décréta qu'il en fût autrement. Si j'avais succombé, mon oncle en aurait été probablement beaucoup plus joyeux que de ma guérison. Lorsque je fus dans la Aoiture, soutenu par le .soi-disant médecin , mon oncle remercia encore une fois M. Sehvin, l'engagea à user librement de son crédit , laissa de bons honoraires au chirurgien qui m'avait soigné, monta avec nous, et donna ordre de partir. J'étais toujours dans un état d'immobilité, ou du moins, si je n'étais pas assez insensible pour ne pas m'apercevoir qu'on m'emportait et pour ne pas entendre le bruit des roues , tels étaient le trouble de mon esprit et ma foiblesse de corps , que je ne pouvais conserver notion de rien pendant une minute entière.
Après les quelques jours qui suivirent , car je ne me rappelle en rien le voyage , je me trouvai au lit dans une chambre obscure et sans l'usage de mes bras. Je repris mes sens , et peu à peu je parvins à me souvenir de tout ce qui était arrivé , jusqu'au