‹ Pierre Simple (volume 2)Chapitre 232 sur 250 · CHAPITRE LXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXIV

physique , en me permettant même certaines distractions d'esprit , comme la lecture. Je n'avais nullement à me plaindre de mon gardien , sinon qu'il passait trop de temps à m'écouter pour ne jamais croire une seule de mes paroles. Dans le courant des trois ou quatre premiers mois, j'écrivis plusieurs lettres à ma sœur et à 0 Brien, et je priai cet homme de les mettre à la poste. Il me promit chaque fois de le faire , ne refusa jamais de prendre mes lettres , mais , à ce que j'appris plus tard, elles furent toutes impitoyablement détruites. Néanmoins, je conservai encore quelque temps l'espoir de ma délivrance ; mais l'inquiétude que m'inspirait ma sœur , quand je songeais à son sort, et l'idée de en revoir ni Céleste ni 0 Brien , me bouleversait parfois la cervelle. Alors , il est vrai , une sorte de frénésie s'emparait de moi , et le gardien allait dire que j'avais eu un accès. Au bout de six mois , je tombai dans la mélancolie, et je commençai à dépérir. Je n'essayai plus à me distraire , mais restai assis tout le jour les yeux fixes et hagards. Je ne pris plus aucun soin de ma personne, je laissai croître ma barbe , je ne me lavai même la figure que machinalement, lorsque mon gardien me l'ordonnait; bref , si je n'étais pas fou , il y avait à présumer que je le deviendrais bientôt . La vie ne m'offrait plus ni joie ni douleur; j'étais devenu indifférent à tout , j'avais pcidu toute notion du temps , je ne remarquais plus le changement des saisons ; enfin

le jour et la nuit se succédaient sans que je m'en aperçusse.

J'étais dans cette affreuse situation, quand un jour la porte s'ouvrit , et, comme il était souvent arrivé depuis que j'habitais Bedlam , entrèrent des personnes qui étaient venues visiter l'établissement pour satisfaire leur curiosité au spectacle de la dégradation de leurs semblables, et pour leur offrir leur pitié. Je ne fis aucune attention aux visiteurs , et ne levai pas même les yeux. — Ce jeune homme, leur dit le médecin qui les accompagnait, s'est fourré dans la tête l'étrange idée qu'il s'appelle Simple , et qu'il est le légitime héritier du titre et des biens de lord Privilège.

Un des étrangers s'approcha de moi et me regarda en face. — Rien n'est plus vrai ! s'écria-t-il en se tournant vers le docteur qui demeura frappé de surprise. Pierre ne me reconnaissez-vous pas? Je tressaillis. C'était le général O'Brien. Je me précipitai dans ses bras , et je fondis en larmes.

— Monsieur , continua le général en me conduisant vers mon unique chaise , et en m'y faisant asseoir , je vous déclare que ce jeune homme est M. Simple , neveu de lord Privilège, et, je crois , l'héritier du titre. Si donc l'unique preuve de sa folie consiste en ce qu'il avance de tels faits , on l'a illégalement retenu dans cette maison. Je ne suis point Anglais et ne me trouve en Angleterre que comme prisonnier sur parole, mais je n'y manque pas

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