‹ Pierre Simple (volume 2)Chapitre 233 sur 250 · CHAPITRE LXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXIV

d'amis. Mylord Belmore, ajouta-t-il, en se tournant vers une des personnes qui l'accompagnaient , je vous proteste sur l'honneur , que j'ai dit l'exacte vérité , et je vous conjure de demander à l'instant même la mise en liberté de ce pauvre jeune homme.

— Je vous assure , monsieur, fit observer le docteur, que j'ai une lettre de lord Privilège.

— Lord Privilège est un infâme , répliqua le général OBrien , mais on peut obtenir justice dans ce pays, et il paierasa lettre de cachet. Mon cher Pierre, quel bonheur quej'aie par hasard visité cet horrible lieu ! J'avais entendu tant parler de F excellente discipline de cet établissement , que je consentis à le parcourir avec lord Belmore; mais je m'aperçois qu'on le vante sans raison.

— Je dois cependant dire, général, que j'ai été humainement traité , répliquai-jc , et surtout par monsieur; il n'est nullement coupable.

Le général 0 Brien et lord Belmore demandèrent alors au docteur s'il n'avait aucune objection à opposer à mon élargissement.

— Aucune, monsieur, quand même ce jeune homme serait fou , et je reconnais maintenant que j'ai été dupe d'un honteux artifice. Nous permettons toujours aux amis d'un malade de le retirer, s'ils croient pouvoir lui prodiguer plus de soin. M. Simple est libre de vous suivre sur-le-champ.

Je faillis m'évanouir par suite d'un si prompt

passage du désespoir à Tesperance , et je retombai sur ma chaise. Le docteur , s'apercevant de mon état , me saigna abondamment , et riic coucha sur le lit , où je restai plus d'une heure, veillé parle général O'Brien. Je me levai alors, calme et plein d'une joie reconnaissante. Le barbier de l'établissement me rasa, je me lavai la figure et m'habillai moimême , et m'appuyant sur le général , je sortis de l'hospice. A droite et à gauche de la porte, sont deux célèbres statues de pierre qui représentent , l'une la Mélancolie, l'autre la Démence furieuse. Je les considérai involontairement , et ne pus passer devant elles sans trembler ni serrer plus fort le bras du général. Il m'aida à monter en voiture, et je dis adieu au séjour de la folie et de la misère.

Le général 0 Brien ne m'adressa la parole que quand nous approchâmes de l'hôtel où il demeurait, dans Dover-Street. Ce fut pour me demander à voix basse si je me sentais capable de supporter une nouvelle émotion.

— Est-ce à Céleste que vous pensez, général?

— Oui, mon cher enfant, à elle. Et il me pressa la main.

— Hélas , m'écriai-je , quelle espérance^dois-je avoir maintenant d'obtenir Céleste !

— Plus que vous n'en avez jamais eu , répliqua le général. Céleste ne respire que pour vous, Pierre; et fussiez-vous aussi pauvre qu'un mendiant, je suis assez riche pour vous donner une existence agréable.

Page 1