CHAPITRE LXIV
Je pressai à mon tour la main du général , mais sans pouvoir parler. Nous descendîmes bientôt de voiture, et en une minute je fus conduit par le père dans les bras de la fdle étonnée et ravie.
Je ne m'arrêterai pas sur quelques jours, pendant lesquels je recouvrai presque la santé et l'énergie, et racontai mes aventures au général O'Brien et à Céleste. Mon premier soin fut alors de découvrir ma sœur. Qu'était devenue la pauvre Hélène, dans l'état d'abandon où elle s'était trouvée? Je l'ignorais absolument. Je résolus d'aller au presbytère et de prendre des informations. Je ne partis cependant qu'après avoir, suivant le conseil du général , mandé un homme de loi , et lancé une assignation à lord Privilège pour qu'il eût à s'expliquer sans délai sur l'illégal emprisonnement dont il m'avait rendu victime.
Je pris luie place dans la malle, et j'arrivai le lendemain au soir à la ville de — .Je courus au presbytère, et les larmes me vinrent aux yeux quand je pensai à ma mère, à mon pauvre père, surtout à la situation biz.irrc et incertaine de ma chère sœur. La porte me fut ouverte par un domestique en livrée, qui m'apprit que son maître était à la maison. Le ministre me reçut poliment, écouta mon histoire, et me répondit (juo ma sœur était partie pour Londres le jour même de mon arrivée, sans avoir fait part de ses j)rojets à personne. Là donc se perdait toute tiacc de ses pas, et je fus désespéré. Je regagnai la
ville à temps et me jetai dans la malle ; le soir siiîvant, je rejoignis Céleste et son père , et après leur avoir communiqué le triste résultat de mon voyage, je leur demandai leur avis sur la ligne de conduite à suivre.
Lord Belmore vint le lendemain matin, et le général le consulta. Sa seigneurie embrassa chaudement mes intérêts, et me conseilla, avant de tenter aucune autre démarche, de monter avec lui dans sa voiture, et de l'autoriser à conter toute mon affaire au premier lord de l'amirauté. Nous exécutâmes aussitôt ce projet ; et comme je me trouvais à même de parler librement au premier lord , je lui expliquai tout au long les procédés du capitaine Hawkins à mon égard , la nature de sa parenté avec lord Privilège, et le motif de la haine que me portait mon oncle. Me voyant sous une protection aussi puissante que celle de lord Belmore, et ne perdant pas de vue certains droits que je pourrais faire valoir un jour, droits que la perfidie de mon oncle lui donnait lieu de croire fondés , le premier lord fut extrêmement gracieux et m'assura que j'entendrais bientôt parler de lai. Il tint parole , et deux jours après mon audience je reçus un billet qui m'annonçait ma nomination au grade de capitaine. Je fus enchanté de cette bonne fortune , enchantement que partagèrent le général et sa fille.
Pendant que j'étais à l'amirauté , je m'informai d"0*Brien , et j'appris qu'on attendait son retour