CHAPITRE LXIV
d'un instant à l'autre. li avait acquis beaucoup de réputation d nsles Indes Orientales, avait commandé en chef à la prise de plusieurs îles , et , disait-on, devait être nommé baronnet pour ses brillants services. Tout se présentiit donc sous un aspect favorable, excepté la disparition de ma sœur. C'était un poids dont je ne pouvais alléger mon esprit.
Mais j'ai oublié d'apprendre au lecteur par sui(e de quelles circonstances le génénd O'Hrien et Céleste étaient arrivés si à propos en Angleterre. La Martinique était tombée au pouvoir de nos armés environ six mois auparavant , et toute la garnison s'était l'cndue prisonnière de guerre. Le général O'Brien avait été envoyé à Londres et y jouissait sur parole d'une entière liberté. Quoique né en France, il était allié à de très nobles fomilles irlandaises, et entr'autrès à celle de lord Belmore. A leur arrivée en Angleterre , le père et la fille firent inutilement toute espèce de démarches pour me retrouver ; ils découvrirent bien que j'avais été traduit devant une cour martiale et renvoyé de mon vaisseau, mais depuis ils n'avaient plus trouvé aucun fil propre à les mettre sur mes traces. ^
Céleste avait craint qu'il ne fût arrivé quelque affreux accident , sa sant(' s'en était beaucoup altérée , et le général O'Brien , forcé de reconnaître combien le bonheur de sa fille dépendait de notrt-' mariap'e avait résolu de nous unir dès (lu'il m'auraii découvert. Je n'ai pas besoin de dire quelle fut sa
joie lorsqu'H me découvrit enfin , même dans Taffreuse situation où j'étais.
Cependant , l'histoire de mon incarcération , du procès que mon oncle allait avoir à soutenir , et de ses odieuses menées relativement à l'héritage de mon aïeul , avaient fait beaucoup de bruit dans les cercles de la noblesse. On me témoignait toute sorte regards, et , soit intérêt , soit curiosité , soit même spéculation , j'étais invité en tout lieu. La perte de ma sœur excitait également de vives sympathies, et nombre de personnes, par pure bienveillance, entreprenaient les plus actives recherches pour la retrouver. Un jour que je revenais de chez mon homme de loi , qui l'avait inutilement réclamée par la voie des journaux, je trouvai sur ma table un pli poi tant iua suscription et le timbre de l'amirauté. Je déchirai Tenveloppe ; elle contenait une lettre d'O'Brien qui venait de jeter l'ancre à Spithead et qui avait prié qu'on me l'envoyât si l'on connaissait mon adresse. J'en brisai le cachet et je lus : Mon cher Pierre ,
Où êtes- vous et qu'étes-vous devenu? je n'ai pas îu de vos nouvelles depuis deux ans , et mes angoisses ont été mortelles. J'ai reçu la lettre où vous me parliez de cette maudite cour- martiale , mais peut-être ignorez-vous que votre lâche persécuteur est mort , oui, Pierre ; c'est par son vaisseau même que votre lettre m'est parvenue , et elle a été son arrêt de mort. Je l'ai rencontré en société. Il s'avisa