CHAPITRE LXIV
de parler de vous. Je le laissai s'escrimer sur votre compte et quand il eut fini je le traitai de menteur et de coquin ; sur ce , il me provoqua , quoique bien à contre-cœur ; mais Tinsulte avait été si publique qu'il ne pouvait s'en dispenser. Je lui envoyai donc une balle dans la tète avec le plus grand plaisir du monde ; et , se fût-il tenu vingt fois sur ses jambes comme le singe dans sa cage , je lui en aurais envoyé vingt. Le plat coquin ! mais son affaire est faite. Personne ne l'a plaint , car il était généralement détesté ; seulement l'amiral prit d abord un air sérieux , mais ensuite il me fut fort obligé d'avoir fait une place pour son neveu. Soit dit en passant , une main inconnue , mais que je présume être celle d'un des ofliciers de son vaisseau, m'a mis en possession d une volumineuse correspondance entre lui et votre digne oncle ; c'est le plus joli recueil d'infamies qu'aient jamais échangées deux gredins. ]\Iais ce n'est pas tout, Pierre, j'ai mis pour vous la main sur une jeune femme qui vous comblera de joie;... il ne s'agit pas de mademoiselle Céleste , car j'ignore où elle est , mais de la nourrice qui était partie pour les Indes. Son mari a été renvoyé en Angleterre comme invalide , et on l'a laissée revenir avec lui sur ma frégate. Apprenant qu'il cipparlenait au ?ÙV"' , je lui parlai d'un certain O'Sullivan , marié en Irlande , cl je nommai la fille qu'il avait épousée. Parole d'honneur quand il sut que j'étais son compatriote , il me confia que son
ôfâ6 PIERRE SIMPLE.
véritable nom était O'Snllivan, mais qu'il avait servi toujours sous celui d'O'Connell, et que sa femme , qu'il avait à bord , était la nourrice en question. Sur ce, je la fis venir, je causai avec elle, je lui déclarai que je savais toute Ihistoire , je ne lui cacbai pas que je tenais tout d'Ella Flanagan et 'de sa mère , et chacune de mes paroles lui causa une nouvelle surprise. Quand je lui demandai ce qu'était devenu l'enfant qu'on lui avait donné en place du sien , elle me répondit qu'il avait été noyé à Plymouth et que son mari avait été peu d'instants après sauvé par un jeune officier de marine dont j'ai là le nom , ajouta-t-elle , et alors elle tira de son sein une carte où je lus « Pierre Simple. » — Eh bien! brave femme, répliqua i-je , savez-vous qu'en vous prêtant à ce coupable échange d'enfants , vous avez précisément ruiné le jeune homme qui a sauvé votre mari , en le privant de son titre et de ses biens? A ces mots elle ouvrit des yeux grands comme une porte-cochère , puis , après s'être bien maudite , bien accablée de reproches , elle déclara qu'elle vous ferait rendre justice dès que nous serions arrivés en Angleterre j et maintenant elle en giille d'envie, car elle adore jusqu'à votre nom. Vous voyez par là , Pierre , qu'une bonne action est quelquefois récompensée dans ce monde, et qu'une action mauvaise y trouve aussi de temps à autre son châtiment , puisque j'ai brûlé la cervelle au damné gredin qui vous a tant fait de mal. J'ai