CHAPITRE LXIV
encore quantité de choses à vous dire, Pierre , mais je n'aime pas écrire sans être sûr qu'on me lise jp j'attendrai donc que j'aie reçu de vos nouvelles , et alors dès que j'aurai fini mes affaires , nous attaquerons de belle sorte votre scélérat d'oncle. Je possède un honnête capital de vingt mille livres sterling dans les fonds publics, et je suis , en outre , propriétaire des îles Splices , qui valent une jolie somme; je suis riche enfin, eh bien! quand je devrais dépenser tout , à vous réintégrer dans vos droits , Pierre , et à faire de vous un lord , comme je vous l'ai souvent promis vous le serez. Si vous êtes vainqueur , vous me rembourserez ; sinon , au diable la chance et l'argent ! Je vous prie d'offrir mes tendres respects à miss Hélène , et de lui dire avec quelle joie j'apprendrais qu'elle est heureuse j mais j'ai toujours eu dans l'idée , Pierre , que votre père n'avait pas laissé grand'chose après lui, et je voudrais savoir comment vous vivez tous les deux. Je vous ai dans le temps donné carte blanche pour mon banquier , et j'espère que si vous avez eu besoin de fonds vous ne vous serez pas gêné y s'il en était autrement, je ne reconnaîtrais plus mon Pierre d'autrefois. Adieu , mais n'oubliez pas de me répondre , et croyez à la sincère amitié que vous portera toujours Terence 0 Brie lV.
Certes, c'étaient là de précieuses nouvelles. Je portai la lettre au général, qui la lut, et Céleste trouva
moyen de la lire aussitôt que lui , en la lisant derrière son épaule.
— Allons, bravo ! dit le général. Pierre, je vous félicite ; et je ne dois pas vous moins féliciter , Céleste, du brillant avenir qui vous est réservé. J'éprouverai vraiment beaucoup de plaisir à vous saluer du titre de lady Privilège.
— Céleste, dis-je, vous ne m'avez pas dédaigné quand j'étais pauvre et malheureux. Ah ! si je pouvais seulement trouver ma pauvre sœur Hélène, combien je serais heureux !
Me hâtant alors de répondre à O'Brien , je l'instruisit de tout ce qui s'était passé, et de la disparition de ma chère sœur. Le lendemain du jour où il reçut ma lettre , il se précipita dans ma chambre. Après le premier épanchement de notre mutuelle tendresse : — Pierre , me dit-il, l'aventure de votre sœur Hélène m'a brisé le cœur ; je veux la retrouver. S'il est besoin, j'abandonnerai ma frégate, car je ne cesserai pas mes recherches tant que je vivrai. Oui-, il faut que je la retrouve !
— Tâchez, mon cher O'Brien, tâchez; tout ce que je désire. . . .
— Que désirez-vous , Pierre? vous dis-je, ce que je désire, moi?... Que si je la retrouve, vous me donniez sa main ponr la peine.
— Pour mon compte, O'Brien, je vous verrai avec beaucoup de joie devenir son mari ; mais Dieu sait à quoi la misère et le besoin peuvent l'avoir poussée !