‹ Pierre Simple (volume 2)Chapitre 241 sur 250 · CHAPITRE LXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXV

sortis qu'au dernier moment. Je ne pus y laisser mon adresse, car je ne savais pas où je devais aller. Je pris une place dans la diligence, et j'arrivai à Londres. Mon premier objet fut de m'assurer les moyens de vivre, et je cherchai une place de gouvei nante; mais j'eus beaucoup de peine à en trouver une , faute de pouvoir donner un bon répondant et parce que je n'avais pas encore rempli de telles fonctions. Je fus enfin admise dans une famille pour y élever trois jeunes demoiselles ; mais je ne tardai pas à reconnaître combien j'avais peu de chance d'y être heureuse. La mère m'avait d'abord refusée comme trop jolie, mais, par cette raison-là même, le père avait insisté pour qu'on m'agréât. Je fus donc une cause de discorde dans le ménage. La femme me traita avec une grande dureté ; le mari , avec beaucoup trop de bienveillance. Bientôt, les mauvais traitements de l'une elles tendres poursuites de l'autre devinrent si insupportables , que je les priai de chercher une institutrice pour leurs filles.

— Pardon de vous interrompre, miss Hélène, di( O'Brien, mais vous m'obligerez fort en me donnant le nom et l'adresse du monsieur.

— Gardez-vous bien de le faire, Hélène, répliqua ije, et continuez votre histoire.

— Je ne pus me replacer en qualité de gouvernante, car comme je déclarais toujours de quelle maison je sortais, mais que je ne me souciais guère de préciser quel motif m'en faisait sortir, et disais simplement que je ne m'y trouvais pas bien, la dame

qui m'avait eue chez elle ne manquait pas, chaque fois qu'on venait prendre des informations sur mon compte, de parler de moi en termes qui m'empêchaient d'obtenir la place.

A la fin, j'entrai comme sous-maitresse dans un pensionnat. Mieux aurait valu me mettre femme de chambre ."Il fallait que je fusse partout, que je fisse tout ; je me levais avant le jour, et ne me couchais jamais qu'à minuit passé ; j'étais mal nourrie et non moins mal payée... Toutefois c'était un moyen honnête de gagner ma vie, et je me résignai pendant plus d'un an ; mais malgré toute l'économie possible, mon salaire ne suffisait pas à mon entretien et à mon blanchissage, ce qui était tout ce que j'eusse demandé. Il y avait un professeur de déclamation qui venait toutes les semaines, et dont la femme enseignait la musique. Ils prirent de l'affection pour moi, et me représentèrent combien j'améliorerais mon sort, si j'embrassais la carrière théâtrale où ils ne doutaient pas que je ne réussisse. Je refusai pendant des mois, espérant toujours que j'entendrais parler de vousj mais, à la fin, ma position fut si peu tenable, et ma misère si grande, que malgré moi je consentis.

Plus d'un an et demi s'étaient écoulés sans que je reçusse de vos nouvelles, et je vous pleurai comme mort. Je n'avais d'autre parent que mon oncle, et même je n'étais pas connu de lui. Je quittai ma place de sous-maîtresse, et j'allai demeurer avec le professeur de déclamation et sa femme, qui me traitèrent avec une bonté vérital^le et me préparèrent à ma

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