CHAPITRE LXV
nouvelle profession. Jamais, soit au pensionnat, qui était situé à trois milles de Londres , soit chez mes protecteurs qui demeuraient au delà du pont de AVestminster, je ne voyais de journaux ; il n'est donc pas surprenant que je n'aie rien su des avis que vous y faisiez insérer. Après trois mois de préparation, mes généreux amis me recommandèrent à un directeur, je lui fus présentée, et il m'agréa. Vous savez le reste.
— Eh bien ! miss Hélène , si jamais quelqu'un vous disait que vous êtes montée sur les planches , en tout cas vous pourriez lui répondre que vous n'y êtes pas restée long-temps.
— Pas assez long-temps , je l'espère, pour être reconnue. Mon Dieu ! je me rappelle combien de fois j'avais exprimé mon dégoût des femmes qui se donnaient ainsi en spectacle; mais^les circonstances modifient étrangement nos manières de voir. Je me flatte d'ailleurs, que , même actrice, je serais restée vertueuse.
— Assurément, miss Hélène ! s'écria O'Brien. Et se tournant vers moi : — Pierre, ajouta-t-il , que vous ai-jc dit?
— Vous avez , je me le rappelle , engagé votre honneur que rien ne déciderait Hélène à déshonorer sa famille.
— Oh ! merci de votre opinion , sir Terence , répliqua Hélène.
Ma sœur était depuis trois jours avec nous, et je lui avais raconté tout ce qui avait eu lieu, lorsqu'un soir, me trouvant seul avec elle, je lui déclarai avec
franchise quels étaient les sentiments d'O'Brien à son égard, et je déployai en faveur demon ami toutes les ressources de mon éloquence.
— Mon cher frère , répliqua-t-elle, j'ai toujours admiré le caractère du capitaine O'Brien, et toujours je lui ai été vivement reconnaissante de sa tendresse et de son attention pour vous ; mais je ne saurais dire que je l'aime; je ne l'ai jamais regardé que comme un ami auquel vous et moi devons beaucoup.
— Voulez-vous donc donner à entendre que vous ne pourrez jamais l'aimer ?
— Non , certes ! et môme j'essaierai , Pierre ; je tacherai d'y parvenir , je ferai tous mes efforts pour ne pas rendre malheureux un homme qui vous a témoigné tant de bonté.
— Soyez sûre, Hélène, que, connaissant O'Brien comme vous le connaissez , et lui portant une si vive reconnaissance , vous l'aimerez bientôt, une fois que vous lui aurez permis de vous faire la cour. Puis-je lui dire...
— Dites-lui que je l'autorise à plaider lui-même sa cause , mon cher Pierre ; et dans tous les cas , je n'écouterai aucun autre soupirant, avant de lui avoir donné beau jeu. Mais, ne l'oubliez pas, je n'ai encore que de l'amitié pour lui; c'est une bien vive amitié , sans doute, mais toujours n'est-ce que de l'amitié.
Je fus ravi du succès de ma démarche, et O'Brien, que je m'empressai d'avertir , partagea mon ravissement.
— Par le ciel ! Pierre , c'est un ange et je ne puis