CHAPITRE LXV
général arriva tout essoufflé , nous dire qu'il y avait en bas un étranger qui demandait à me voir, et qui administrait des coups de canne à un des garçons de l'hôtel en l'accusant de lui avoir manqué de respect.
— Qui se peut-il être ? pensai-je ; et comme le bruit continuait toujours, je sortis de l'appartement et je regardai par-dessus la rampe.
— Vous ne devez pas venir ici pour battre des Aufijlais ! entendez-vous , hurlait un des .<ïarcons. Qu'avons-nous besoin de comtes étrangers?
— Sacrée canaille ! répliqua avec mépris une voix que je connaissais bien.
— Canaille vous-même ! et si vous ne baissez pas votre canne, nous allons vous jeter à l'eau.
— Ah ! oui-dà , répond en anglais l'étranger qui jusqu'alors n'avait parlé que français ; eh bien ! l'ami, permets -moi de te faire observer de la manière la plus délicate du monde , ou même de te donner simplement à entendre que tu n'es qu'un maudit décrottcur d'assiettes, qu'un maudit porte-serviette, qu'un maudii solliciteur de pour-boire , qu'un maudit fds de catin qui monte et descend les escaliers quand on l'appelle ; et tiens, tiens, tiens, voilà jx)ur ton impudence !
Comme les coups de canne allaient toujours leur train , je me hâtai de descendre , et je trouvai le comte Glouskson qui rouait sans pitié deux ou trois garçons. En me voyant , les garçons , qui déjà s'apprêtaient à boxer , se retirèrent à quelques pas, hors de la portée de la canne.
— Cher comte , m'écriai-je, est-ce vous ? et je lui serrai la main.
— Cher lord Privilège , m'excuserez-vous? mais voilà d'insolents drôles !
— Je les ferai mettre à la porte , répliquai-je. Ohl si un de mes meilleurs amis , un officier de votre rang et de votre distinction , ne peut venir me voir sans qu'on l'insulte , je chercherai un autre appartement.
Cette menace et l'accueil que je fis au comte donnèrent à réfléchir. Les garçons eurent l'oreille basse, et le maître de l'hôtel vint nous présenter ses excuses. On l'avait prié, à ce qu'il paraît, d'attendre dans la salle du café qu'on allât me prévenir , et sa dignité s'était crue compromise.
Nous venons de nous mettre à table , comte , voulez- vous diner avec nous ?
Permettez-moi , cher lord , de réparer un peu le négligé de ma toilette ; car vous voyez que j'arrive de voyage ; ensuite je serai des vôtres. Une chambre!...
Le maitre d'hôtel s'inclina , et conduisit le comte dans son appartement.
— Qu'y avait-il donc? me demanda O'Brien, quand je remontai.
— Oh ! rien ; un peu de tapage à propos d'un étranger qui ne comprend pas l'anglais.
Au bout d'environ cinq minutes, le garçon ouvrit la porte, et annonça le comte Glouskson.
— O'Erien , vous allez être joliment intrigué ! m'écriai-je , et le comte entra.