‹ Pierre Simple (volume 2)Chapitre 25 sur 250 · CHAPITRE XXXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIII

La frégate vira donc et ne fut liientôt plus à portée du feu de la batterie. Le soleil ne devait se coucher que dans une heure ; mais dans les Indes Occidentales, il ne se couche pas comme sous les latitudes septenti'ionales. Là , point de crépuscule • il descend avec toute sa gloire , parmi di's nuages qui étalent les magnifiques teintes de l'or et des rubis; et une fois qu'il a disparu sous l'horizon, tout est obscurité.

Dès que la nuit vint, nous cessâmes de nous éloigner de la côte, et après une longue consultation que tinrent le capitaine, M. Phillott, et O'Brien , il fut enfin décidé qu'on tenterait l'entreprise. Quoique d'un côté couper un navire soit une affaire fort sérieuse , car on combat avec tous les désavantages; de l'autre , cependant, le mal foit à notre commerce par les corsaires bons voiliers était si grand dans les Indes Occidentales , que presque tout sacrifice pouvait être risqué dans lintérèt du pays. Mais à la bravoure , le capitaine joignait la prudence ; c'était un officier qui calculait toutes les chances et qui ne voulait pas exposer son monde sans être convaincu que la nécessité l'exigeait impérieusement ; aussi , n'approuva-t-il qu'à demi l'attaque en question , parce que la baie dans laquelle le brick avait jeté l'ancre lui était connue, et quoique M. Phillott et O'Brien opinassent pour qu'on atlaquàt des la nuit, il se décida à n'aKaquer que le matin suivant. Il considéra que si le risque

devait être plus grand, toutefois les hommes chargés de l'expédition pourraient agir avec plus de concert , et que ceux qui eussent reculé au milieu des ténèbres n'oseraient le faire au grand jour. D'ailleurs , les gens qui desservaient la batterie de terre , aihsi bien ^ï^ue ceux de l'équipage du brick , resteraient toute la nuit sur le qui-vive , au lieu qu'ils ne s'attendraient plus à être attaqués pendant le jour et qu'on pourrait alors les surprendre hors de leurs gardes. Il fut donc arrêté qu'on préparerait tout pendant la nuit , et que les chaloupes quitteraient la frégate avant l'aurore , rameraient vers la côte , se cacheraient dans de petites anses qu'offraient les rochers qui formaient cap d'un côté de la baie , et, si on ne les v découvrait pas, y resteraient jusqu'à midi , heure oii il était probable que les hommes du corsaire seraient à terre et que le navire pouvait être facilement capturé.

C'est toujours une scène de beaucoup d'intérêt quand à bord d'un vaisseau de guerre se font les préparatifs d'une expédition de ce genre ; et comme le lecteur peut ne les avoir jamais vus, nous espérons qu'il nous saura gré de les décrire. Les chaloupes des vaisseaux de guerre ont généralement deux écjuipages ; l'un , pour les occasions ordinaires , qui est choisi de façon à ne pas priver le vaisseau des marins les plus utiles ; l'autre , pour les occasions où il faut se battre, qui se compose des hommes les plus courageux qu'il y ait à bord. Les contre-maitresdes

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