CHAPITRE XXXIII
matelots. Aussi espérions-nous vivement ne trouver que peu de défenseurs sur le brick. M. Phillott regarda à sa montre, la montra à O'Brien pour pi ouver qu'il avait exactement suivi les ordres du capitaine, puis ordonna que les chaloupes démarrassent. Les brigadiers retirèrent les câbles; on chargea et on amorça les canons, les hommes saisirent leurs rames, et sortant du milieu des rocs, nous fûmes au bout de deux minutes rangés en ligne à un quart de mille de rentrée de la baie. Dès lors nous n'étions plus qu'à deux fois cette distance du brick corsaire, nous ramâmes aussi vite que possible, mais nous ne rompîmes le silence qu'aux premiers coups de canon de l'ennemi. Ces premiers coups partirent d'un côté d'où nous croyions n'avoir rien à craindre, au moment que nous pénétrions dans la baie avec notre pavillon qui traînait dans l'eau par-dessus nos proues , car il faisait alors un calme plat. Il paraît qu'au bas des l'ochers qui s'élevaient à chacune des pointes de la baie, nos adversaires avaient élevé une batterie rasante de deux canons. Un de ces canons , chargé d'une grappe de raisin, tira alors sur les chaloupes; mais il était trop peu élevé, et quoique l'eau fut sillonnée à environ cinq vergues du launch, il n'en résulta aucun mal ; nous ne fûmes pas moins heureux quand les trois autres canons tirèrent; il y en eut deux devant lesquels nous passâmes avec tant de vitesse qu'ils ne furent pas pointés de manière à porter assez loin, et que la décharge tomba derrière
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notre poupe ; quant au quatrième , il porta au milieu de nous, mais sans faire d'autre degat que de séparer par la moitié deux des rames du premier cutter.
Pendant ce temps-là , nous avions remarqué que les chaloupes du corsaire s'étaient dirigées vers le rivage dés qu'on nous avait aperçus, et avaient regagné le brick chargées d'hommes; les chaloupes avaient été une seconde fois envoyées à terre , mais n'étaient pas encore revenues. Elles étaient alors presque à même distance du corsaire que nos propres chaloupes , et on ne pouvait prévoir qui d'elles ou de nous arriveraient au brick le plus vite. OBrien s'en apercevant fit observer à M. Phillott que nous devrions d'abord attaquer les chaloupes , et aborder ensuite le navire du côté vers lequel elles se dirigeaient', car suivant toute probabilité, il y aurait une ouverture dans les filets de bastingage qui étaient attachés aux bras des vergues et qui présentaient un formidable obstacle à notre réussite. M. Phillott , partageant l'avis d'O'Brien, ordonna aux brigadiers de déposer leurs rames et de se tenir prêts à mettre le feu aux canons dès le moindre mot ; en même temps il recommanda au reste de l'équipage de ramer avec toute la vitesse possible . Chaque nerf, chaque muscle de nos ardents et intrépides marins furent mis enjeu. Quand nous ne fumes plus qu'à vingt verges et du brick et des chaloupes, ordre fut donné de faire feu. La canonnade du launch, chargée à boulet et à mi-