‹ Pierre Simple (volume 2)Chapitre 31 sur 250 · CHAPITRE XXXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIII

pages enorgueillis de leur victoire , poussaient des hourras , plaisantaient à qui mieux mieux , et ramaient de toute leur force. L'ennemi s'apercevant de la capture du corsaire et voyant les chaloupes françaises dériver à vide dans le havre, ouvrit alors son feu sur nous et nous causa heaucoup de mal. Avant que nous n'eussions toué notre prise à la hauteur des deux hatteries rasantes , nous avions déjà reçu de la troisième batterie trois décharges sur notre ligne de flottaison , et l'eau entrait abondamment dans le navire. J'étais resté auprès du pauvre M. Glousse qui était étendu à tribord à côté de la roue ; le sang qui coulait de sa blessure formait un ruisseau sur les planches du pont à plusieurs pieds de l'endroit où il gisait. Il paraissait très faible; je Uii nouai mon mouchoir autour du corps pour arrêter l'effusion du sang , et j'allai chercher un peu d'eau pour lui laver la figure et lui en faire boire quelques gouttes ; il ouvrit des yeux hagards et me regarda.

— Ah î M. Simple, dit-il faiblement, est-ce vous? c'en est fait de moi; mais la partie ne pouvait mieux finir, n'est-ce pas ?

— Que voulez-vous dire? lui demandai-je.

— Eh bien ! ne suis-je pas tombé avec le costume d'un officier et d'un gentilhomme? répondit-il, par allusion à la jaquette et aux epaulettes du capitaine; j'aimerais mieux mourir maintenant, costumé comme je le suis , que de guérir pour remettre l'uniforme

(le contre-maître. Je me trouve tout-à-fait heureux. Il me pressa la main , et referma les yeux de faiblesse. Nous étions alors presque en face des deux batteries situées sur les pointes , et dont les canons étaient disposés de manière à porter sur nos chaloupes quitouaient le brick. La première volée perça le fond du launch ( 1 ) , qui coula ; heureusement , tous les hommes se sauvèrent ; mais comme c'était la chaloupe qui touait immédiatement le brick , il fallut beaucoup de temps pour dégager les autres de ses débris et reprendre le brick en toue. Les décharges se succédèrent alors sans relâche , et la mitraille devint fort désastreuse. Nos hommes continuèient cependant leur route , répondant par un hourra à chaque coup de canon , et nous avions presque dépassé les batteries sans avoir essuyé de grandes pertes , quand nous nous aperçûmes que le brick était si plein d'eau , qu'il ne pouvait plus flotter que quelques minutes , et qu'il serait impossible de l'emmener jusqu'à la frégate. Dans de telles conjonctures, M. Phillott décida qu'il était inutile de risquer plus de vies , qu'il fallait retirer les blessés du brick, et que les chaloupes ramassent vers le navire. Il me chargea de prendre les blessés dans le cutter, qu'il envoya le long du brick, et de rejoindre ensuite les autres chaloupes. Ne me souciant pas de rester en arriére , je fis toute la diligence possible , et dès que tous nos blessés furent embarqués , je

(1) On sait que le Itnmeh est une espèce de cbaloope.

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