‹ Pierre Simple (volume 2)Chapitre 33 sur 250 · CHAPITRE XXXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIII

m'aperçois que le matelot qui a soin de votre hamac et qui vous en éloigne un propre de temps à autre, reçoit fort souvent un bon verre de grog pour ses câbles , et je ne vois pas que les miens ne vaillent pas un verre de grog autant que les siens.

— Ils le valent autant, Swinburne, et mieux encore , et je vous en promets un de première qualité pour demain soir.

Je levai le loch , je le marquai sur la table et je m'assis à l'arrière sur la caisse aux signaux avec Swinburne, qui commença son récit de la manière suivante.

— 11 vous faut savoir, M. Simple , que quand la flotte anglaise descendait la Méditerranée, après l'évacuation de la Corse, elle ne s'élevait pas à plus de dix-sept vaisseaux de ligne, tandis que les flottes espagnoles de Ferrol et de Carthagène , qui s'étaient réunies à Cadix , en comptaient une trentaine. Sir John Jarvis avait alors le commandement de notre flotte , mais comme les Dons ne paraissaient nullement disposés à sortir du port et à se brosser avec nous , même lorsqu'ils étaient deux contre un , sir John laissa sir Hyde Parker avec ses voiles de ligne pour surveiller les gueux d'Espagnols , et gagna Lisbonne avec le reste de la flotte pour faire de l'eau et se radouber. Or, voyez-vous, ]M. Simple, le Portugal était alors ce qu'on appelle neutre, c'est-à-dire ne se mêlait en rien de l'affaire , restait en bonne intelligence avec les deux partis, et aurait aussi vo-

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lontiers fourni du bœuf frais et de l'eau douce aux Espagnols qu'aux Anglais , si seulement les Espagnols étaient venus en demander, ce qu'il n'osaient pas. Les Portugais et les Anglais ont toujours été les meilleurs amis du monde , parce que nous ne pouvons acheter du vin de Porto que chez eux , et qu'ils ne peuvent trouver personne à qui le vendre qu'à nous. Les Portugais mirent donc leur arsenal de Lisbonne à la disposition des Anglais , et nous y déposâmes tous nos approvisionnements sous la surveillance de ce Brave-le-Diable, sir Isaac Coffin. Or, le hasard voulut qu'un commis des bureaux du vieux sir Isaac, drôle portugais, eût quelque temps auparavant travaillé dans les bureaux de l'ambassadeur d'Espagne. C'était un garçon fort actif; il servait d'interprète, et le vieux commissaire avait beaucoup de confiance en lui.

— Mais comment avez-vous appris tous ces détails, Swinburne ?

— Eh bien ! je vais vous le dire, M. Simple ; j'étais timonier de l'Yole (])en ma qualité de contremaître, et qviand amiraux et capitaines causent dans les écoutes d'arrière, ils oublient fort souvent que le contre-maître est tout près derrière eux. Je n'apprenais que la moitié des choses de cette manière-là; mais, pour en savoir le reste, il me suffisait de comparer mon loch (2) avec celui de l'intendant de l'a-

(1) L'yole est un canot Irès-léger à voiles et à rames. A. M.

(2) Triangle de bois jeté à la mer avec une ficelle pour mesurer la vitesse d'un vaissean. A. M.

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